Page:Roland Manon - Lettres (1780-1793).djvu/1406

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Dès 1754, un Mémoire sur les matières premières employées dans les étoffes fabriquées dans la généralité lui vaut une gratification du ministère et un témoignage de satisfaction de M. Trudaine.

Un nouveau Mémoire, l’année suivante, est récompensé par une commission d’élève-inspecteur (6 mai 1755), et Trudaine adresse au jeune employé, directement, par faveur spéciale, des encouragements qu’il lui répète de vive voix peu après. Roland avait dès lors des appointements fixes et entrait définitivement dans le cadre.

En 1756, il est envoyé dans le pays de Caux pour y étudier le blanchissage et « le procédé de teinture sur coton, très nouvellement découverts ». Aussi ne fut-il point compris dans la suppression qu’on fit alors d’un grand nombre d’élève-inspecteurs. Il était apprécié par M. Le Couteulx[1], « député du commerce de Paris, qui était dans la confiance intime de M. Trudaine et qui avait une amitié véritable pour moi », par M. de Brou[2], Intendant de Rouen, « dont la mémoire me sera toujours chère », par M. de Montigny[3], de l’Académie des sciences, « qui avait fait le rapport de plusieurs de mes Mémoires[4] ».

La chambre de commerce de Rouen, par une délibération du 9 janvier 1760, signée de tout ses membres, demande spontanément pour lui une nomination d’inspecteur, avec le désir exprès qu’il fut fixé à Rouen « pour le bien et l’avantage des manufactures de cette généralité ».

La même année, il fit « un Mémoire comparatif des pratiques du blanchiment des toiles et des fils en France, en Flandre et en Hollande », et Trudaine, à qui Godinot adressa le mémoire, lui répondit ainsi : « J’aime et j’estime M. de La Platière, vous pouvez l’en assurer encore de ma part ; je lui en donnerai des marques à l’occasion ». En même temps, Trudaine conseillait à Godinot de proposer un prix pour ces recherches et de s’en entretenir avec M. de Brou.

Cependant l’avancement n’arrivait pas, et Roland songeait à entrer dans les Ponts et Chaussées, qui relevaient aussi de Trudaine : « Je cherchai à m’ouvrir une voie nouvelle par les seuls moyens qui conviennent à l’homme laborieux et qui justifient ses protecteurs, …et je me mis en état, par l’étude des mathématiques et du dessin, d’entrer dans les Ponts et Chaussées ». L’Académie de Rouen, érigée par lettres patentes de juin 1744 en

  1. Les Le Couteulx étaient dès lors considérables à Rouen dans la magistrature, la banque et le commerce. Ils se divisaient en plusieurs branches : Le Couteulx de La Noraye, Le Couteulx de Canteleu, etc…, dont les représentants ont eu, avant, pendant et après la Révolution, une part importante aux affaires publiques. Celui dont il est question ici est Jean-Jacques-Vincent Le Couteulx de La Noraye (1716-1765), que Trudaine, en raison de sa grande autorité commerciale, avait imposé aux six corps de marchands de Paris comme « député du commerce de Paris », bien qu’il fût rouennais. Il avait dû, par suite, prendre un domicile à Paris, rue Montergueil.
  2. A.-J. de Feydeau de Brou, Intendant de Rouen de 1755 à 1762 ; mort cette année-là, à 31 ans.
  3. Étienne Mignot de Montigny (1714-1782) ; voir sur lui Appendice G.
  4. À ces protecteurs, Roland ajoute ailleurs M. Potier, Intendant du commerce (Réponse à la lettre d’un soi-disant citoyen de Villefranche, Bibl. de Lyon, fonds Coste, 353441).