Page:Roland Manon - Lettres (1780-1793).djvu/18

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Champagneux, qui, moins de six mois après (13 décembre), la maria à son second fils, Pierre-Léon. Le dépôt devait donc passer sous la garde de Luc-Antoine, devenu chef de la famille. Mais Bosc ne put le lui remettre qu’après son retour d’Amérique (novembre 1798), comme l’indique l’examen même du dossier, où l’on trouve précisément son passeport muni des divers visa du retour. D’autre part, nous avons la preuve que Champagneux, lorsqu’il donna en 1800 son édition des Œuvres de Madame Roland, disposait déjà de la plupart des papiers.

Lorsqu’il mourut, conseiller à la Cour de Grenoble (7 août 1807), le dépôt passa, non comme on aurait pu le supposer, à son second fils. Pierre-Léon, mari d’Eudora Roland, mais à son fils aîné, Benoît-Anselme, qui le tint soigneusement caché jusqu’à sa mort, survenue en 1844[1].

On s’explique dès lors qu’Eudora Roland ait pu écrire à Barrière, le 24 octobre 1893 : « Je devrais avoir de ses lettres [de Roland] par centaines ; mais tout ce qui est sorti de sa plume, frappé d’une sorte de fatalité, a été livré à des mains infidèles ou trop craintives ; il m’en reste au plus une douzaine, adressées à M. Champagneux [Luc-Antoine, son beau-père]… »[2]. Or il y a 168 lettres de Roland, dont 60 à Champagneux, dans le dépôt remis depuis à la Bibliothèque !

Après la mort de Benoît-Anselme, les papiers passèrent à Pierre-Léon, qui les conserva avec le même mystère. Sa femme

  1. Nous tenons ces faits d’une des petites-filles de Mme Eudora Champagneux.

    Benoît-Anselme mourut célibataire. Il a laissé un nom parmi les botanistes lyonnais. Une note des Papiers Roland, ms. 6244. fol. 308, nous montre qu’il ouvrait quelquefois son trésor : « Les deux pages du présent feuillet sont la copie figurée de celui dont l’original a été donné à Mme Jahir (lire Jayr), femme du préfet du Rhône (août 1843). » Mais notons qu’il s’agit ici d’un Essai sur le Beaujolais, et non d’une lettre.

  2. Lettre autographe provenant des papiers de Barrière, que nous a donnée Mme Bader (qui en avait publié la plus grande partie dans le Correspondant du 10 juillet 1892).