Page:Roland Manon - Lettres (1780-1793).djvu/268

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Vendredi, 1er février.

Nous avons eu une meilleure nuit que la précédente… J’allais continuer : je reçois deux lettres, la tienne du trente, et une de M. Despréaux qui m’annonce qu’aujourd’hui il me parviendra un ballot de ses exemplaires[1] ; j’en suis un peu étonnée d’après ce que tu m’as mandé lui avoir écrit. Sa lettre d’avis est datée du 29 janvier. Que faire ? Il faut bien prendre les choses ; ce n’est pas à moi de les renvoyer ; mais elles m’ont bien l’air de nous demeurer en garde. Il y a 27 exemplaires des volumes 5, 6 et 7 : les deux de surplus sont pour notre frère de Villefr[anche] et pour l’Académie[2] ; on nous prie de compléter les nôtres et ceux des Bénédictins[3] ; amitiés, etc. Rien de ton mécontentement ; c’est à moi que la lettre est adressée. L’abbé Burgol y joint un mot d’honnêteté ; on te suppose de retour, peut-être, et l’on me charge pour toi de ce que tu peux penser.

Je ne me plains pas, mon bon ami, ton exactitude ne m’en donne pas lieu ; je suis occupée et affligée de ton malaise : c’est inévitable, ne t’en tourmente point ; ma santé se soutient. Quant à ma petite, elle est, à tout prendre, mieux depuis qu’elle reprend mon sein ; l’instant du changement l’a remuée, je m’y attendais. Elle n’est point encore aussi grasse qu’elle l’a été, elle est seulement beaucoup plus ferme qu’elle n’était devenue.

L’accroissement en grandeur est peu sensible ; on dit qu’il est très lent dans ces premiers temps : ainsi soit-il. Ce qu’il y a de sûr, c’est que ses pieds me semblent énormes par proportion ; ils ont trois pouces, elle n’en a pas encore vingt-quatre ; il s’en manque les trois quarts du dernier pouce. Elle commence à se soutenir un peu sur ses pieds quand on la soulève par les bras, essai que je ne répète guère, parce qu’il aurait des inconvénients ; elle soulève sa tête et un peu ses

  1. Des volumes de l’Histoire de la Grèce. Desprèaux aurait voulu que Roland en plaçât à Amiens, et celui-ci ne s’en souciait pas.
  2. L’Académie de Villefranche, dont Cousin-Despréaux était associé depui 1779, en même temps que Roland.
  3. Des deux frère de Roland, le prieur de Crespy et le curé de Longpont.