Page:Roland Manon - Lettres (1780-1793).djvu/464

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vantées et si bien cachées, sont celles que l’on a depuis plusieurs années à Amiens et que tu as publiées dans tes Arts. Notre ami s’ennuie fort et partira incessamment ; je lui ai demandé quelque argent par précaution ; il m’a donné, suivant ce que j’ai prescrit, un mandat de 50 écus, que je toucherai à volonté chez de Ladreux, à qui d’ailleurs il a dit et répétera de me fournir, sur mon reçu, ce que je voudrai lui demander. J’ai eu hier l’abbé de Vin[1], dont je tiens une bonne histoire sur le port de tes ouvrages envoyés à M. de Gallande ; je te régalerai de cela viva voce. Je ne te réponds rien à ta petite querelle sur mon rhume, dont je t’ai parlé sitôt que j’y ai eu fait attention, et que le frère ne t’appris qu’à ma prière, t’écrivant pour moi ce jour-là. Ne l’inquiète point, me voilà guérie ; je vais me familiariser aujourd’hui avec l’air que, sans doute, il me faudra aller respirer à Versailles samedi après midi.

J’ai vu hier le bon chanoine, inquiet de ne m’avoir pas revue dans son ermitage et craignant que je ne fusse repartie. J’ai eu aussi, comme il était avec moi, la visite de M. Rousseau fils, avec l’un de ses confrères ; je les ai tous reçus de mon lit, où je suis demeurée hier très tard. Le frère t’aura raconté ce matin le plaisir que les amis m’ont procuré hier d’entendre jouer ici, du forte-piano, une virtuose qui doit revenir quelquefois me voir et me donner ses conseils ; déjà ses observations m’ont fait apercevoir plusieurs vices de province. Je ne te dirai rien du bruit que font certains spectacles dont les journaux t’entretiendront ; je t’en parlerai quand je les aurai vus. Rappelle-moi à nos voisins, et surtout au brave M. d’Herv[illez] que tu sais m’avoir depuis longtemps inspiré confiance et attachement. Voilà le frère qui vient me raconter ce que l’abbé de Lille[2] lui a expliqué de Virgile dans l’instant M. Parault nous explique Pope, les soirs : cela me fait grand plaisir.

  1. L’abbé de Vin, — inconnu.
  2. Au Collège de France, où Delille était professeur de poèsie latine.