Page:Roland Manon - Lettres (1780-1793).djvu/489

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J’ai cherché partout ce matin, sans pouvoir le rejoindre, un valet de chambre de M. de Ségur[1], dont je ne sais seulement pas le nom : demande-le encore à Flesselles pour me servir dans le besoin. Il faudra bien que je revoie les Intendants du commerce. Tout combiné, en supposant que je laisse l’affaire en l’air, mais voulant disposer avant tout ce qui me sera possible, je ne pourrai te revoir encore d’une douzaine de jours : je ferai un dernier voyage à Versailles avant de partir. Lis, dans un Almanach royal, les membres du Conseil des dépêches : tu verras quelle kyrielle. J’ai des craintes que ce M. de Saint-R[omain] ne me joue le tour de faire renvoyer l’affaire à M. de Breteuil[2], parce qu’il a la Picardie dans son département. Je viens de répondre au frère dont je te fais passer la lettre ; je lis les tiennes. J’en avais long à te conter, mais j’ai encore des précis à faire, car il en faut toujours avoir dans les poches ; je suis fatiguée, j’ai mal dormi à Versailles, le dîner que je viens de prendre en arrivant, à cinq heures, me chiffonne. Les pieds me brûlent de retourner près de toi : je suis dans une situation d’âme singulière et je ne sais trop ce que j’écris. En vérité, nous sommes trop honnêtes gens pour réussir ! Enfin nous nous aimerons toujours, et avec cela nous pourrons nous passer de bien des choses. Adieu, mon cher et tendre ami, adieu. Embrasse Eudora et écris-m’en toujours.

La lettre de Messine[3] est touchante ; mais je suis trop livrée aux

    1784, secrétaire de nous ne savons quel personnage. Ce n’est pas impossible. Sinon il faudrait distinguer deux Noël, l’un ancien élève de l’abbé Bimont, retrouvé par Madame Roland en 1784, l’autre professeur à Louis-le-Grand, puis rédacteur de la Chronique de Paris en 1789, diplomate, tribun, préfet, inspecteur général de l’Université (1756-1841).

  1. Philippe-Henri, marquis de Ségur (1724-1801), maréchal de France, ministre de la guerre de 1780 à 1787. — Roland répond, le 15 mai (ms. 6240, fol. 242-243) : « Le nom de ce valet de chambre de M. de Ségur est Honoré. Promets ça et là, à toute cette canaille, récompense, reconnaissance, mais si l’affaire réussit : siné qua, non. Nous n’avons plus assez de reste pour jeter beaucoup à l’aventure… »
  2. Le baron de Breteuil, secrétaire d’État et ministre de la maison du Roi, avait en effet la Picardie dans son département (Almanach royal de 1784, p. 213).
  3. De M. Lallement, vice-consul à Messine. — Voir lettre du 3 janvier 1782.