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AU-DESSUS DE LA MÊLÉE

aujourd’hui par votre Allemagne et de juger criminels la politique allemande et les moyens qu’elle emploie, je n’en rends point responsable le peuple qui la subit et s’en fait l’aveugle instrument. Ce n’est pas que je regarde, ainsi que vous, la guerre comme une fatalité. Un Français ne croit pas à la fatalité. La fatalité, c’est l’excuse des âmes sans volonté. La guerre est le fruit de la faiblesse des peuples et de leur stupidité. On ne peut que les plaindre, on ne peut leur en vouloir. Je ne vous reproche pas nos deuils ; les vôtres ne seront pas moindres. Si la France est ruinée, l’Allemagne le sera aussi. Je n’ai même pas élevé la voix, quand j’ai vu vos armées violer la neutralité de la noble Belgique. Ce forfait contre l’honneur, qui soulève le mépris dans toute conscience droite, est trop dans la tradition politique de vos rois de Prusse ; il ne m’a pas surpris.

Mais la fureur avec laquelle vous traitez cette nation magnanime, dont le seul crime est de défendre jusqu’au désespoir son indépendance et la justice, comme vous-mêmes, Allemands, l’avez fait en 1813 c’en est trop ! L’indignation du monde se révolte. Réservez-nous ces violences à nous Français, vos vrais ennemis ! Mais vous acharner contre vos victimes, contre ce petit peuple belge infortuné et innocent !… quelle honte !

Et non contents de vous en prendre à la Belgique vivante, vous faites la guerre aux