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V

DE DEUX MAUX, LE MOINDRE :
PANGERMANISME, PANSLAVISME ?


Je ne suis pas de ceux qui, suivant l’avis d’un saint roi, jugent qu’avec un hérétique (et à l’heure présente, est nommé hérétique, qui ne pense pas comme vous) il ne faut pas discuter : casser la tête, suffit. J’ai besoin de comprendre les raisons de mon adversaire. Il me déplaît de croire à la mauvaise foi. Je le crois passionné, comme moi, et sincère, comme moi. Pourquoi ne ferions-nous pas effort pour nous comprendre ? Cela ne supprimera pas le combat entre nous ; mais cela supprimera peut-être la haine. Et elle est mon ennemie, plus que mes ennemis.

Quoi que je pense de la valeur inégale des causes qui sont aux prises, la lecture, depuis deux mois, des journaux et des lettres qui nous arrivent à Genève de tous les pays, m’a amené à cette conviction que l’ardeur de la foi patriotique est partout à peu près la même et que chacun des peuples qui prend part à cette Iliade croit combattre pour la liberté du monde contre la barbarie. Mais liberté et barbarie n’ont pas le même sens, ici et là.

Le pire ennemi de la liberté, le despotisme barbare, pour nous, Français, Anglais, hommes