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VI

INTER ARMA CARITAS


Une fois de plus, je m’adresse aux frères ennemis. Mais je ne tenterai plus, cette fois, de discuter. La discussion est impossible, avec qui prétend non pas chercher, mais posséder la vérité. Aucune force de l’esprit n’est, pour le moment, capable de percer le mur épais de certitude, dont l’Allemagne se barricade contre la lumière du jour, — l’affreuse certitude, le contentement de pharisien qui s’épanouit dans la lettre monstrueuse de ce prédicateur de cour, glorifiant Dieu de l’avoir fait impeccable, irréprochable et pur, lui, son empereur, ses ministres, son armée et sa race, et se réjouissant d’avance, dans sa « sainte colère », de l’écrasement de tous ceux qui ne pensent pas comme lui.[1]

Certes, je me garde bien de croire que ce monument d’orgueil antichrétien représente l’esprit de la meilleure Allemagne. Je sais combien de cœurs excellents, modestes, affectueux, incapables de faire le mal et presque de le concevoir, font encore aujourd’hui sa richesse morale : (j’en connais, pour ma part, que je ne

  1. Lettre ouverte du Dr théol. Ernest Dryander, premier prédicateur de la cour, vice-président du Conseil Ecclés. supér. au pasteur C. E. Babut, de Nîmes, — 15 septembre 1914 (publiée dans l’Essor du 10 octobre et le Journal de Genève du 18 octobre.