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VII

AU PEUPLE QUI SOUFFRE POUR LA JUSTICE

(Pour le Livre du Roi Albert[1])


2 novembre, jour des Morts, 1914.

La Belgique vient d’écrire un chant d’épopée, dont les échos retentiront dans les siècles. Comme les trois cents Spartiates, la petite armée belge tenant tête, trois mois, au colosse germanique ; — Leman Léonidas ; — Les Thermopyles de Liége ; — Louvain, comme Troie, brûlée ; — la geste du roi Albert entouré de ses preux : — quelle ampleur légendaire ont déjà ces figures, que l’histoire n’a pas encore fini de dessiner ! L’héroïsme de ce peuple qui s’est, sans une plainte, sacrifié tout entier pour sauver son honneur, a éclaté comme un coup de tonnerre en un temps où l’esprit de l’Allemagne victorieuse faisait régner sur le monde la conception d’un réalisme politique, lourdement appuyé sur la force et l’intérêt. Ce fut une libération de l’idéalisme opprimé de l’Occident. Et que le signal ait été donné par cette petite nation a semblé un miracle.

Les hommes appellent miracle l’apparition subite d’une réalité cachée. C’est le brusque

  1. King Albert’s Book, publié par The Daily Telegraph, Londres, 1914.