Page:Rolland - L’Âme enchantée, tome 3.djvu/112

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douzaine, et qu’il leur clouterait aux pieds (les carnes !) des fers-à-chevaux… Hu Hau !…

Les plus lettrés, les fils du président et de l’avoué, se gargarisent du pindarisme des journaux. Lavedan est Corneille, et Capus est Hugo. Les autres en restent aux images truquées des petits illustrés.

Annette tente une épreuve. Elle jette un coup de sonde. Elle leur lit un chapitre de Guerre et Paix, — la mort du petit Petia, — les belles pages trempées de la brume d’octobre et des rêves du jeune arbre, qui ne se réveillera pas…

« C’était un jour d’automne, doux et pluvieux ; le ciel et l’horizon se fondaient en une teinte unique d’un gris terne. Quelques grosses gouttes tombaient… »

D’abord, ils écoutent mal. Ils ricanent des noms russes. Celui du petit héros a le don de les jeter dans une crise de gaieté. Puis, peu à peu, l’essaim de mouches se fixe au bord du bol ; ils se taisent, ils font taire les bavards ; un seul qui gonffle ses joues, chaque fois que revient le nom, persiste jusqu’au bout dans la même ineptie. Les autres restent en arrêt… — Quand c’est fini, il y a ceux qui bâillent. Il y a ceux qui se rattrapent de leur immobilité par un branle-bas bruyant. Il y a ceux qui, gênés, mécontents, chicanent, font les connaisseurs :