Page:Rolland - L’Âme enchantée, tome 3.djvu/284

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Il s’arrêta, saisi. Il balbutia :

— Germain Chavannes…

Il quêtait dans ses yeux. Des paupières, Annette fit :

— Oui.

Franz lui saisit la main, l’entraîna.

Il allait le premier, la tirant par le bras, comme un enfant pressé ; et Annette, surprise, n’essayait pas de dégager ses doigts, bien qu’elle pensât au risque d’être remarquée. Mais l’heure était tardive ; ils ne rencontrèrent personne qu’une petite paysanne, qui rit en les voyant. Par une ruelle de traverse, Franz gagna les champs. Un mur à demi-éboulé entourait un verger. Dans une brèche, protégés des regards de la route par un retrait d’angle, ils s’assirent l’un près de l’autre » leurs genoux se touchant ; et, penché vers Annette, sans lui lâcher les mains, Franz implora :

— Germain ?…

À la lueur de ruisseau qui précède la nuit, Annette se sentit happée par ces yeux de mendiant exigeant. En la pressant de parler, ils l’empêchaient de parler. Elle observait ces yeux changeants, qui tantôt soupçonneux se refusaient, tantôt se livraient impérieusement, et soudain s’éteignaient, vagues et somnolents. Il avait les cheveux brun-clair, le front rond, le nez fin, la lèvre un peu gonflée, une expression puérile qui