Page:Rolland - L’Âme enchantée, tome 3.djvu/83

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bêtise humaine. Employons-la ! Employons-les ! Il faut que tout serve à la victoire. On a bien le droit de l’utiliser, — puisque je n’y crois pas !

Annette, la tête baissée, avança le front vers lui, le regarda dans les yeux, et lui dit :

— Ne me force pas à te mépriser !

Marc recula d’un pas.

Elle restait, les yeux irrités et le front en avant ; elle était bien encore la Junon génisse, prête à foncer, l’Annette des jours passés. Ses narines se fronçaient. Elle dit, avec rudesse :

— Je peux beaucoup supporter : les sept péchés, les vices, et même la cruauté. Mais une chose, mais une, je ne pardonne pas : l’hypocrisie. Jouer une croyance que l’on n’a pas, mentir à soi et aux idées, faire le Tartuffe de la foi, — mieux vaudrait n’être jamais né ! Le jour où je te verrais t’y dégrader, je te secouerais de moi, comme la boue de mes souliers. Si laid, si bas que tu sois, sois vrai ! J’aime mieux te haïr que te mépriser.

Marc se taisait, suffoqué. Tous deux tremblaient d’emportement. La dure parole avait cinglé sur ses deux joues. Il eût voulu répliquer, cingler à son tour : il avait le souffle rentré. Il ne s’attendait pas à cet ouragan. La mère, le fils, se dévisageaient en ennemis. Mais le regard du fils plia, malgré lui ; ses yeux se baissèrent, pour cacher les pleurs