Page:Rolland - Par la révolution, la paix.djvu/12

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dans ma pensée, la borne entre deux périodes, — tout à la fois point d’arrivée et point de départ.

[Travailleurs de l’esprit, compagnons dispersés à travers le monde… ; la guerre a jeté le désarroi dans nos rangs.] Elle nous a obligés de mettre notre science, notre art, notre raison, au service de nos gouvernements. À la guerre, comme au naufrage, on n’est plus savant, artiste, philosophe, on est poilu, loup de mer, patriote : il faut sacrifier et même prostituer à la défense nationale non seulement la vie, mais l’âme, l’esprit, la conscience, et manier le mensonge aussi peu scrupuleusement que la baïonnette et la bombe. Nous avons beau chercher à planer au-dessus de la mêlée. Inutile à la guerre, le premier devoir est au foyer, au voisin, la tâche suprême d’en détourner la mort.

Avouons que sous le joug de cette détestable nécessité, nous, les artistes, les penseurs, avons ajouté au fléau qui ronge l’Europe…

Suit le réquisitoire, que j’avais prononcé, contre la prostitution de la pensée par les intellectuels.

[…Compromise dans les luttes des nations, elle sort, avec elles, déchue.]

Tout cela (reprend Shaw) n’est peut-être pas plus horrible pour nous, penseurs et artistes, que ne l’est le meurtre, l’incendie, surtout la famine voulue, pour nos frères poilus. Mais c’est infiniment plus difficile d’en arrêter l’opération. À l’armée, on donne l’ordre : « Bas le feu partout ! » et le feu cesse. Qui sait donner pareil ordre à la pensée fausse, à l’empoisonnement de l’esprit ? Pourtant, il faut faire l’essai. La menace qui nous a forcés de piller les trésors et profaner les temples de l’esprit n’existe plus. La paix nous rend la liberté. Hâtons-nous donc de nous dégager de ces alliances, de ces servitudes dénaturées, imposées par la guerre. [L’esprit libre n’est le serviteur de rien. C’est nous qui sommes les serviteurs de l’esprit…]

Suit le texte original de ma Déclaration, jusqu’à la fin.

Je répondis, de Paris, le 28 mai :

II. — Romain Rolland à Bernard Shaw.

… Vous ayez raison de me mettre en garde contre le danger qu’il y aurait à paraître se vanter aux dépens des autres. Aussi,