Page:Rolland - Par la révolution, la paix.djvu/14

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Pardonnez-moi ma brusquerie : en écrivant l’anglais, j’ai assez de tact ; mais dans une langue étrangère, on écrit comme on peut. À vous toujours.

G. Bernard Shaw.

Je répondis, le 29 juin :

IV. — Romain Rolland à Bernard Shaw.

Cher Bernard Shaw, il n’est pas indispensable d’oublier ses idées, lorsqu’on sent la faim. Dans tous les temps, il y a des hommes qui sont morts pour leurs idées. Il y en a eu dans cette guerre. Il y en aura dans cette paix. Je crois que j’en pourrais être. Et vous aussi.

Je ne suis pas au-dessus des mêlées, — de toutes les mêlées. J’ai été, je suis, je serai toujours « au-dessus de la mêlée » des nations et des patries. Mais je suis dans le combat contre les nations, contre les patries, contre les castes, contre toutes les barrières qui séparent les hommes…

Et je lui envoyai ma « Liluli ».

Sur ce plan de l’ironie, l’accord se fit instantanément. Et Bernard Shaw me cria : « Bravo ! » en jubilant[1].

Quand je relis, à distance, notre controverse, je vois mieux qu’elle était moins de fond que de forme, et que celle-ci était, chez Shaw, non seulement la plus conforme à son génie, mais probablement la plus efficace à flétrir le servile égarement de la pensée enrégimentée pendant la guerre. Car quelle satire plus outrageante que cette persiflante confession, où Bernard Shaw, sous l’apparence d’une orgueilleuse mea culpa, étale au monde les pires hontes des intellectuels dégradés, et se fustige sur leur dos !

  1. V. — Bernard Shaw à R. R. — 10 juillet 1919. — « … Liluli est kolossal, grossartig, wunderschön, magnificent. Je l’ai goûté énormément, sons bornes, avec extase. »

    Sous son égide, Liluli fut présentée au public anglais par Massingham, directeur de The Nation.