Page:Rolland - Par la révolution, la paix.djvu/15

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Mais l’essentiel, dans le débat qui s’est ouvert, après la guerre, pour nous tous, minorité d’intellectuels indépendants, — et que j’expose dans ce volume, c’est l’occasion que Bernard Show m’a fournie de définir la position de l’esprit « au-dessus de la mêlée ». — Au-dessus de la mêlée du passé nationaliste, qui se survit en Europe, en se baignant dans des torrents de sang, — sang Infécond, sang maudit, qui ne fait qu’appeler le sang vengeur, comme une malédiction des Atrides. — Mais dans la mêlée, délibérément, ou, d’un terme plus digne, dans le combat organisé contre toutes les forces oppressives du passé, pour édifier un monde nouveau, l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques du Travail humain. Et ce grand titre, cet étendard, n’est point celui de la seule U.R.S.S. de Russie, puisque son vrai sens, sa raison d’être, est d’être universel : la Russie n’a fait qu’ouvrir le chemin, dans des circonstances catastrophiques, et en dépit déliés, grâce au génie de quelques hommes et à la foi de millions d’autres. Si nous suivons le même chemin, ce n’est pas elle que nous suivons : car le chemin est à tous ; et c’est ta nécessité même de l’histoire qui l’a tracé au progrès humain. Il faut le suivre. L’humanité le suivra. Ou elle mourra.

Mais, aux premiers jours après la guerre, le devoir ne paraissait pas aussi net qu’il l’est, à mes yeux, aujourd’hui. Il a fallu bien des années de discussion avec soi-même, — « Quinze ans de combat » — pour se dégager du fourré de tant de problèmes qui nous entravaient dans l’action, pour démailloter l’esprit de tant d’incertitudes et de troubles. Il a fallu surtout, pour moi, mettre d’accord ces deux principes antagonistes : la Non-Violence, cet acte de foi d’âmes stoïques de l’Occident comme de l’Orient de tous les temps, qui avait été la foi meurtrie