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VITTORE CARPACCIO
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confiait à Mantegna, pour ses début, la chapelle des Eremitani.

Venise se montra plus parcimonieuse. Elle réservait les murailles des églises aux tombeaux des doges. Les travaux les plus importants qu’elle ait confié à ses peintres ont été détruits par le temps ou les accidents.

Les décorations extérieures des palais ont complètement disparu, rongées par l’air marin. L’incendie du Palais ducal, en 1577, a aboli l’effort décoratif le plus important du XVe siècle vénitien.

Par tous ces hasards, la Vie de sainte Ursule demeure, avant la génération triomphale des Titien et des Véronèse, l’exemple unique d’un ensemble décoratif conduit à bien par un artiste de Venise. Elle a donc privilégié des productions sans rivales. Il serait vain de la comparer aux œuvres du XVIe siècle vénitien, plus inutile encore de la rapprocher des pages florentines. Elle reste isolée dans notre mémoire et dans notre estime.

Jamais Carpaccio ne retrouvera l’occasion de ces larges développements, jamais il n’aura plus à décrire tant de candeur et tant de grâce.

Cependant, il n’est pas ici tout entier : il tracera des pages plus âpres, plus exubérantes, d’autres d’un recueillement grave, et il déploiera sa verve dans des turqueries. La décoration de Saint-Georges des Esclavons, la vie de saint Étienne vont nous enrichir de nouvelles joies.