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nature choisie , déclarer, avec Kératry (1), que pour saisir le type de perfection de la nature, il fallait « s’arrêter au point culminant de sa marche ascendante », il n’y avait là qu’une divergence apparente. Comment faire un choix, comment reconnaître le point culminant de la nature si 1 on n avait une réglé c est— a-dnc une conception métaphysique de la beauté ?

D’ailleurs, ces querelles étaient sans écho dans la pratique. Sans rechercher si le beau idéal différait ou non de la nature choisie, les artistes étaient, au moins, d’accord pour dédaigner l’imitation simple de la nature et pour essayer de démêler, à travers les images troubles que nous présentent les choses, la beauté pure dont celles-ci n’offrent que d’obscurs reflets. Travail redoutable et périlleux, où l’artiste eût risqué cent fois de s’égarer s’il n’avait eu des maîtres pour soutenir son inexpérience et éclairer son goût mal assuré.

Heureusement, les Grecs nous avaient ouvert la route ; ils avaient découvert la beauté et, dans leurs œuvres, que l’admiration des siècles avait consacrées, celle-ci s’épanouissait tout entière. Leur expérience nous épargnait de longues années d’études, d’apprentissage et de tâtonnements. Ce qu’ils avaient fait, on pouvait le refaire avec leur aide et ce n était pas oublier la nature, mais en abréger l’étude, que de s’inspirer de leurs productions (2). Une pareille doctrine, prise dans son sens le plus profond, avait quelque chose de grand et pouvait devenir féconde. 11 y avait de la dignité, si l’on avait reconnu la supériorité des Grecs, à se mettre à leur ecole. Chercher comment ils avaient atteint la perfection, les suivre dans leurs tâtonnements et dans leurs efforts, s’initier à leur pédagogie artistique, à leurs procédés, à leurs méthodes pour essayer ensuite de marclu v par des voies analogues vers la vérité, c’était là un noble système d’imitation , c’était, à la fois, se préserver d’une indépendance ignorante et présomptueuse et sauvegarder à l’art moderne sa personnalité. A pénétrer les sentiments du sculpteur grec, l’artiste lui aurait certainement emprunté des préceptes d’une vérité éternelle ; il aurait aussi compris quels liens étroits rattachaient son maître au temps et au pays qu’il avait illustrés. Persuadé qu’il aurait changé de manière s il s’etait trouve dans un climat, dans un milieu moral, politique et social différent, il se serait appliqué, non à imiter les Grecs du v e siècle, mais à dessiner comme l’eût pu faire Phidias s’il était devenu, par miracle, son compatriote et son contemporain. 11 aurait compris enfin que, pour vivifier la forme antique, il fallait y enfermer des « pensers nouveaux ».

De semblables scrupules n’avaient pas arrêté David et n’arrêtèrent jamais (1) Du Beau, II, p. 86.

(2) Quatremèrc, Considérations sur les arts du dessin en France, 1790, passim.