Page:Rosenthal - La Peinture romantique, 1900.djvu/30

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H qui, chaque fois qu’ils prononçaient son nom, tremblaient de voir renaître le siècle des Bouclier et des Pater, lorsqu’ils prévenaient les artistes d’un péril qui, souvent, ne les menaçait pas, n’apercevaient point qu’il y avait, dans Prudhon, quelque chose de plus communicable que son esprit et ne se doutaient pas de la Révolution qu’il préparait par sa technique. Prudhon ne pensait pas comme ses contemporains : il ne traduisait pas non plus ses idées dans la même langue. Tout était chez Lui original, la forme comme l’inspiration ; son dessin et sa couleur, son crayon et son pinceau s’affirmaient par des effets personnels.

Un dessin de Prudhon ce n’est pas une enquête ou une étude anatomique, un exercice scientifique pour s’assurer la main et s’entretenir dans une virtuosité ; ce n’est pas, non plus, un travail préparatoire, la série des tâtonnements qui précèdent l’éclosion d’une œuvre. Prudhon dessine pour dessiner, et le papier lui suffit pour exprimer entièrement sa pensée.

Quelques traits sommaires, des ombres largement esquissées traduisent son rêve. 11 affectionne le papier bleu sur lequel un frottis de craie produit, comme par miracle, le relief et qui se prête à laisser deviner les formes légèrement indiquées. Ce papier bleu, les dessinateurs sévères, ceux qui voient dans le dessin la probité de l’art, ne l’aiment pas ; ils lui préfèrent la brutalité de la feuille blanche qui ne dit que ce que l’on y inscrit, (pii est incapable de réticence comme de sous-entendus ; ils répudient une méthode qui leur paraît trop facile et trop spécieuse. Prudhon n’a pas leurs exigences ou plutôt il comprend l’étude du modelé autrement qu’eux.

Une description minutieuse et presque anatomique des formes ne donnera pas au dessin l’ampleur et la vie. Le corps humain, surtout celui de la femme ou de l’adolescent, ne se décompose pas, sous la lumière, en une série de plans accusant la présence des muscles tendus. Une minutie infinie, qui croit serrer la vérité, s’en éloigne par sa rigueur même. La plastique est plus simple et plus large : les formes se résument aisément, et, s’il est difficile de trouver, en peu de termes, leur caractéristique, l’effort de l’artiste doit se porter à vaincre cette difficulté. Une ligne qui enveloppera tout un corps, des indications de craie (pii en marqueront le relief, alors même qu’elles trahiraient, dans le détail, la réalité stricte, sont vraies, d’une vérité supérieure qui est celle de la vie.

Tel est, semble-t-il, le système technique de ces admirables dessins, plus beaux encore que des tableaux, et qui font l’orgueil de toutes les galeries (pii les conservent, Chantilly, le Louvre ou le musée de Dijon. Sans nous attacher à leur valeur d’art, sans en louer l’infinie originalité et la grâce toute puissante, nous voudrions insister encore sur leur technique, dont l’influence n’a peut-être pas assez été remarquée. Deux caractères y sont essentiels : d’abord, le mini-