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CHAPITRE SIXIÈME

l’influence germanique. — l’angleterre

Au début de notre siècle, M" le de Staël distinguait, dans les littératures de l’Europe, deux groupes et opposait à l’esprit du Midi, l’esprit du Nord vers lequel la portaient ses préférences (1). Si l’on admet, dans les arts, une distinction analogue et si l’on croit pouvoir séparer la peinture des races latines de celle des races germaniques, on peut dire que, jusqu’à l’époque contemporaine, l’influence du Midi avait seule dominé la peinture française. Sans doute, des liens très anciens avaient uni, tout d’abord, les maîtres primitifs français à leurs voisins de Flandre ou d’Allemagne ; mais cette union, que la maison de Bourgogne avait favorisée, se trouva rompue, au seizième siècle, par l’invasion de l’Italie.

Les Français subirent alors, sans résistance, une action que la supériorité de l’Art italien rendait irrésistible. L’Italie jouissait d’une maturité préparée par trois siècles d’études et nos artistes se mirent à la remorque de Raphaël ou de Michel Ange.

Cette influence prit un caractère officiel lorsqu’au milieu du dix-septième siècle, Colbert eut créé l’Ecole de France à Rome et que le voyage en Italie fut devenu la récompense des meilleurs élèves de l’Académie et le complément obligé d’une bonne éducation artistique.

Les variations du goût portèrent nos artistes vers les Bolonais, vers les Garrache, le Dominiquin et le Guide, puis vers l’Albane ou vers les maîtres tapageurs, Pierre de Cortone, Solimena ou Luca Giordano, mais ne les entraînèrent pas hors de l’Italie.

Il faut d’ailleurs remarquer que Venise eut peu de part à cet enthousiasme et que les artistes français évitèrent cette terre du Midi où ils auraient pu trouver quelque chose de l’esprit du Nord, moins de science précise et plus de magie. Cependant, dès les premières années du dix-huitième siècle, l’Italie et l’Espagne avaient vu leur influence décliner sur la société et sur la littérature, et,

(1) De la Littérature, I, xi. De la littérature du Nord.