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la France apprenait à connaître P Angleterre (1). Les plus grands esprits ou les plus populaires Voltaire, Diderot, l’abbé Prévost (2) et surtout Rousseau initient le public à la vie anglaise et déterminent un engouement qui dégénère, après 1750, en anglomanie.

« Dans la deuxième moitié du siècle, une excursion en pays anglais fait partie de l’éducation que se donne tout homme intelligent (3). » Louis XV a combattu ce mouvement, mais Louis XVI le favorise. « A partir de 1774 tout est à l’Angleterre : les costumes, les courses de chevaux, les clubs. — On soupe à l’anglaise, vers quatre ou cinq heures... un club à l’anglaise est un lieu de perdition : on y mange, dit Fox surpris, des mets exécrables, on y boit du ponche fait avec de mauvais rhum et on y lit les gazettes (4). » Malgré cette faveur et ces exagérations, la peinture française ne reçut aucune leçon de l’Angleterre. C’est que la peinture anglaise subissait une éclipse entre l’école de Van Dyck et l’épanouissement de la fin du siècle. Hogarth (5) qui s’était attaché à la relever n’avait rien, dans la plupart de scs œuvres, à enseigner aux Français. Ses célèbres, morales et fort ennuyeuses séries, La Vie d’un débauché (6) ou Le Mariage à la mode (7), répandues par la gravure, n’offraient point de leçons originales ; ses toiles héroïques encore moins (8). Il y aurait, au contraire, eu bien des choses à apprendre dans cette charmante esquisse « The Shrimp Girl » (9) d’une si prodigieuse hardiesse. Mais il est douteux que nos artistes, s’ils l’avaient connue, eussent pu en profiler et, d’ailleurs, elle est une exception dans la manière d’Hogarth. Comme esthéticien, Hogarth répandait, dans Y Analyse de la beauté (10), des idées qui devaient, par la suite, avoir plus d’influence que ses tableaux. « Au lieu d’embarrasser ma mémoire de préceptes surannés ou de fatiguer mes yeux à copier des toiles endommagées par le temps, j’ai tou jours trouvé, proclamait-il, qu’étudier d’après la mil ure même était la voie la plus directe et la moins périlleuse qu’on pût choisir pour acquérir la connaissance de notre art (11). »

(1) J eau- Jacques Rousseau et les origines du cosmopolitisme littéraire. Étude sur les relations littéraires de la France et de l’Angleterre au .V Y II F siècle, par J. Texte, 1895. (2) Voltaire, Lettres anglaises, 1734 ; Diderot, Eloge de Richardson ; l’abbé Prévost, traductions de Richardson.

(3) .1. Texte, op. cit., p. 315. Il cite BulTon, La Condamine, Llie de Beaumont, Jussieu, Lalande, Montesquieu, Ilelvetius, Mirabeau, Lafayettc, Rolland, Grimm, Suard, Duclos, etc., etc. (4) J. Texte, op. cit., p. 319 ; lire aussi la page 320 et les suivantes. (5) 1697-1704.

(0) Au musée Soane à Londres.

(7) A la National Gallery, nos H3-I18.

(8) Sigismonda et Guiscard (1759), sous le n° 1046, à la National Gallery. (9) A la National Gallery, sous le no 1102.

(10) Parue en 1753.

(11) Cité par Chesneau, La Peinture Anglaise, p. 13.