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TEMPS PRIMITIFS

sion de territoires situés en Alsace ; la lutte fut violente et sanglante. À la fin, en 1273, il arriva avec une forte armée pour faire le siège de la ville. Les Bâlois, après s’être vaillamment défendus, étaient sur le point de se rendre, lorsque la nouvelle se répandit que Rodolphe venait d’être élu empereur. La ville s’empressa de lui ouvrir ses portes et de lui prêter hommage.

Le nouvel empereur chercha, par une bonne administration, à mettre fin aux maux causés par le grand interrègne. Il réprima le brigandage et fit exécuter un grand nombre de chevaliers pillards. Pour fortifier son pouvoir, il s’appuya sur l’Église. Il se rencontra avec le pape Grégoire X, à Lausanne, à l’occasion de l’inauguration de l’admirable cathédrale de cette ville. C’était le 19 octobre 1275. Le pape était accompagné de sept cardinaux, de dix-sept évêques et d’un grand nombre d’abbés et de religieux. L’empereur avait avec lui sa famille, sept princes régnants, quinze comtes et une foule de barons et de nobles. La cérémonie et les fêtes furent des plus brillantes.

Un prince puissant, Ottokar, roi de Bohême, ayant refusé de prêter hommage à l’empereur, celui-ci lui déclara la guerre et le battit complètement. Rodolphe profita de sa victoire pour s’emparer du duché d’Autriche et de territoires voisins qu’il donna à ses fils, et dont il fit une possession héréditaire de sa famille. Dès lors sa maison est désignée sous les deux noms de maison de Habsbourg et maison d’Autriche. Elle devint l’une des plus puissantes de l’Europe et ce sont ses descendants qui occupent encore aujourd’hui le trône d’Autriche-Hongrie.

L’empereur Rodolphe s’occupa activement aussi des affaires de notre pays. Les comtes de Neuchâtel, qui l’avaient combattu, encoururent sa disgrâce ; ils durent reconnaître comme suzeraine la maison de Chalon. Rodolphe déclara la guerre à la ville de Berne, qui dut faire sa soumission mais garda son rang de ville impériale. Il acquit à prix d’argent Fribourg et Lucerne, s’empara de la vallée d’Urseren et plaça le pays de Glaris sous son autorité. À sa mort, en 1291, une grande partie de la Suisse actuelle lui appartenait. Son projet de constituer entre le Rhin, les Alpes et le Jura une principauté dépendant des Habsbourg était presque réalisé. Mais, comme nous le verrons, son œuvre ne devait pas durer.


CHAPITRE V

INSTITUTIONS MŒURS
ET COUTUMES AU MOYEN ÂGE
[1]

1. La féodalité. — Dès le temps de Charlemagne, les guerriers avaient la coutume de jurer à leur chef de lui rester toujours fidèle et de combattre pour lui. Le chef appelait le guerrier mon homme ou mon vassal (c’est-à-dire serviteur) ; le vassal appelait son chef mon seigneur. Le vassal devait suivre son seigneur à la guerre. Le seigneur le récompensait de ses services en l’entretenant, en lui fournissant des armes et un cheval, et en lui donnant un domaine.

Ce domaine donné en salaire était appelé un fief[2]. Le seigneur qui accordait le fief se nommait le suzerain ou le seigneur suzerain. Les seigneurs de petite noblesse prêtaient serment à des seigneurs plus puissants, tels que les barons, les comtes, les ducs. À leur tour, les comtes et les ducs prêtaient serment au roi. Ainsi, chacun était à la fois vassal et suzerain. Le serment de fidélité prêté par le vassal s’appelait l’hommage, parce qu’il faisait du vassal l’homme de son seigneur.

Un hommage au moyen âge.
Fig. 43. — Un hommage au moyen âge.
  1. On désigne sous le nom de moyen âge le temps qui s’est écoulé entre la chute de l’empire romain et le milieu du XVme siècle ; c’est la période intermédiaire entre les temps anciens et l’époque moderne.
  2. Le sens primitif du mot fief était celui de bien, avoir.