Page:Rosny - La Guerre du feu.djvu/185

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ses côtes et battait à grands coups ses tempes, elle le poussait à des actes impétueux. Pourtant, il ne lui céda pas. Car il était conduit par un instinct sagace, qui n’oubliait pas les circonstances. Depuis le matin, à deux reprises, il avait reconnu que l’homme savait faire souffrir par des coups étranges. Il commençait à accepter le sort, il se faisait en lui un travail chagrin qui, plus tard, devait lui faire ranger l’être vertical parmi les choses dangereuses : il le haïrait avec ténacité, il s’acharnerait à le détruire, mais il ne déploierait pas seulement contre lui la force et la prudence, il le guetterait, il se mettrait à l’affût et recourrait aux surprises.

L’ourse grondait, moins instruite par l’événement, car aucune blessure n’avait accru sa sagesse. Comme le cri du mâle l’invitait à la prudence, elle cessa d’avancer, supposant quelque piège de la pierre ; car elle n’imaginait pas qu’un péril pût naître des créatures débiles cachées au tournant de la paroi.



IX

LE ROC


Pendant quelque temps, Naoh désire frapper les fauves. La rancune remue dans son cœur. Et, l’œil fouillant la pénombre, il tient prête une sagaie aiguë. Puis, comme l’ours géant demeure invisible et la femelle éloignée, il s’apaise, il songe que le jour avance et qu’il faut atteindre la plaine. Alors, avec ennui, il marche vers la lumière. Elle s’accroît à chaque pas. Le couloir s’élargit et les Nomades poussent un cri devant les grands nuages d’automne qui se roulent au fond du firmament, la côte roide, hérissée, pleine d’obstacles, et la terre sans bornes.