Page:Rosny - La Guerre du feu.djvu/37

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la petitesse et la fragilité de l’homme, l’humble vie errante qu’il était sur la face des savanes. Il songeait aussi aux lions jaunes, aux lions géants et aux tigres qu’il rencontrerait dans la forêt prochaine et sous la griffe desquels l’homme ou le cerf élaphe sont aussi faibles qu’un ramier dans les serres d’un aigle.


III

DANS LA CAVERNE


C’était vers le tiers de la nuit. Une lune blanche comme la fleur du liseron sillait le long d’un nuage. Elle laissait couler son onde sur la rivière, sur les rocs taciturnes, elle fondait une à une les ombres de l’abreuvoir. Les mammouths étaient repartis ; on n’apercevait, par intervalles, qu’une bête rampante ou quelque hulotte sur ses ailes de silence. Et Gaw, dont c’était le tour de garde, veillait à l’entrée de la caverne. Il était las ; sa pensée, rare et fugitive, ne s’éveillait qu’aux bruits soudains, aux odeurs accrues ou nouvelles, aux chutes ou aux tressauts du vent. Il vivait dans une torpeur où tout s’engourdissait, sauf le sens du péril et de la nécessité. La fuite brusque d’un saïga lui fit dresser la tête. Alors il entrevit, de l’autre côté de la rivière, sur la cime abrupte de la colline, une silhouette massive qui marchait en oscillant. Les membres pesants et toutefois souples, la tête solide, effilée aux mâchoires, quelque bizarre apparence humaine, décelaient un ours. Gaw connaissait l’ours des cavernes, colosse au front bombé qui vivait pacifiquement dans ses repaires et sur ses terres de pâture, plantivore que la famine seule induisait à se nourrir de chair. Celui qui