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IV

LE LION GÉANT ET LA TIGRESSE


Une lune avait passé. Depuis longtemps, Naoh, avançant toujours vers le sud, avait dépassé la savane ; il traversait la forêt. Elle semblait interminable, entrecoupée par des îles d’herbes et de pierres, des lacs, des mares et des combes. Elle dévalait lentement, avec des remontées inattendues, en sorte qu’elle produisait toutes les sortes de plantes, toutes les variétés de bêtes. On pouvait y rencontrer le tigre, le lion jaune, le léopard, l’homme des arbres, qui vivait solitaire avec quelques femelles, et dont la force surpassait celle des hommes ordinaires, l’hyène, le sanglier, le loup, le daim, le cerf élaphe, le chevreuil, le mouflon. Le rhinocéros y traînait sa lourde cuirasse ; peut-être même y eût-on découvert le lion géant, devenu excessivement rare, son extinction ayant commencé depuis des centaines de siècles.

On trouvait aussi le mammouth, ravageur de la forêt, broyeur de branches et déracineur d’arbres, dont le passage était plus farouche que l’inondation et le cyclone.

Sur ce territoire redoutable, les Nomades découvrirent la nourriture en abondance ; eux-mêmes se savaient une proie pour les mangeurs de chair. Ils marchaient avec prudence, en triangle, de manière à commander le plus grand espace possible. Leurs sens précis pouvaient, pendant le jour, les préserver des embûches. D’ailleurs, leurs ennemis les plus funestes ne chassaient guère que dans les ténèbres. Le jour, ils n’avaient pas le regard aussi prompt que les hommes ; et leur odorat n’était pas comparable à