Page:Rosny - La Guerre du feu.djvu/90

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ne projetait qu’un éclat débile ; une dernière particule écarlate décroissait, d’abord grande comme une guêpe, puis comme une mouche, puis comme ces insectes minuscules qui flottent à la surface des mares. Enfin, tout s’éteignit, une tristesse immense glaça l’âme des Oulhamr et la dénuda…

La faible lueur avait la réalité magnifique du monde ; elle allait croître, elle allait prendre la puissance et la durée ; elle allait nourrir les brasiers de la halte, épouvanter le lion géant, le tigre et l’ours gris, combattre les ténèbres et créer dans les chairs une saveur délicieuse. Ils la ramèneraient resplendissante à la horde, et la horde reconnaîtrait leur force… Voici qu’à peine conquise elle était morte, et les Oulhamr, après les embûches de la terre, des eaux et des bêtes, allaient connaître les embûches des hommes.



III

SUR LES RIVES DU GRAND FLEUVE


Naoh fuyait devant les Kzamms. Il y avait huit jours que durait la poursuite ; elle était ardente, continue, pleine de feintes. Les Dévoreurs d’Hommes, soit par souci de l’avenir — les Oulhamr pouvant être les éclaireurs d’une horde — soit par instinct destructeur et par haine des étrangers, déployaient une énergie furieuse. L’endurance des fugitifs ne le cédait pas à leur vitesse ; ils auraient pu, chaque jour, gagner cinq à six mille coudées. Mais Naoh s’acharnait à la conquête du Feu. Chaque nuit, après avoir assuré à Nam et à Gaw l’avance utile, il rôdait autour du camp ennemi. Il dormait peu, mais il dormait profondément.