Page:Rosny aîné - La Vague rouge.djvu/280

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— Je n’y ai pas du tout pensé.

— Quand tu y aurais pensé, intervint Antoinette, tu n’en serais intervenu qu’avec plus de courage. On te connaît, ce n’est pas les coups qui te font fuir.

— Je le crois, fit lentement Christine. M. Rougemont doit être brave.

— Il l’est comme un fou, mademoiselle.

— Un fou ! Un fou ! cria le geai... V’là le rémouleur ! Harengs qui glacent... qui glacent !

— Ah ! le coquin, fit Antoinette en lui montrant le poing avec tendresse. Il devient pire tous les jours. Figurez-vous, mademoiselle Christine, je le laisse seul hier, à la cuisine, avec des petits pois et le moulin à café. Il n’a pas fait entendre une note ; il se tenait tranquille comme un gamin qui mijote ses farces. Et quand je suis revenue, qu’est-ce qu’il avait fait ? Il avait rempli aux trois quarts le moulin avec des petits pois. Attends, vaurien, je te tordrai le cou et je te mettrai à la broche ! Oui, oui, je te traiterai comme un sale rien du tout de poulet !

Ainsi divaguait la vieille femme. Christine, ayant jeté un regard autour de la chambre, demanda :

— Le petit Antoine n’est pas là ?

— Son oncle l’a conduit à la fête de la Fourmi, voir un escamoteur qui s’escamote avec toute sa famille.

Antoinette s’en alla éplucher des carottes, puis on l’entendit sortir pour quelque visite à l’épicier ou à la crémière.

François avait baissé la tête. Les paupières mi-closes, il regardait courir les ombres tristes de la pensée. À la fin, il eut un sursaut ; ses yeux clairs se posèrent sur le visage de Christine :

— Je vais dire, fit-il à voix basse, des choses que vous écouterez avec déplaisir, mais le silence serait un mensonge. D’ailleurs, il faudrait finir par