Page:Rostand - Cyrano de Bergerac.djvu/154

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Vous ferai-je punir par votre capitaine ?
Non.


Carbon.

Non.D’ailleurs, je suis libre et n’inflige de peine…


De guiche.

Ah ?


Carbon.

Ah ?J’ai payé ma compagnie, elle est à moi.
Je n’obéis qu’aux ordres de guerre.


De guiche.

Je n’obéis qu’aux ordres de guerre.Ah ?… Ma foi !
Cela suffit.

(S’adressant aux cadets.)

Cela suffit.Je peux mépriser vos bravades.
On connaît ma façon d’aller aux mousquetades ;
Hier, à Bapaume, on vit la furie avec quoi
J’ai fait lâcher le pied au comte de Bucquoi ;
Ramenant sur ses gens les miens en avalanche,
J’ai chargé par trois fois !


Cyrano, sans lever le nez de son livre.

J’ai chargé par trois fois !Et votre écharpe blanche ?


De guiche, surpris et satisfait.

Vous savez ce détail ?… En effet, il advint,
Durant que je faisais ma caracole afin
De rassembler mes gens pour la troisième charge,
Qu’un remous de fuyards m’entraîna sur la marge
Des ennemis ; j’étais en danger qu’on me prît
Et qu’on m’arquebusât, quand j’eus le bon esprit
De dénouer et de laisser couler à terre
L’écharpe qui disait mon grade militaire ;
En sorte que je pus, sans attirer les yeux,
Quitter les Espagnols, et revenant sur eux,
Suivi de tous les miens réconfortés, les battre !
— Eh bien ! que dites-vous de ce trait ?

(Les cadets n’ont pas l’air d’écouter ; mais ici les cartes et les cornets à dés restent en l’air, la fumée des pipes demeure dans les joues : attente.)