Page:Rostand - Cyrano de Bergerac.djvu/65

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Mettez de la pâte à flan
Dans le flanc
De moules à tartelette ;
D’un doigt preste, abricotez
Les côtés ;
Versez goutte à gouttelette
Votre mousse en ces puits, puis
Que ces puits
Passent au four, et, blondines,
Sortant en gais troupelets,
Ce sont les
Tartelettes amandines !


Les poètes, la bouche pleine.

Exquis ! Délicieux !


Un poète, s’étouffant.

Exquis ! Délicieux !Homph !

(Ils remontent vers le fond, en mangeant. Cyrano qui a observé s’avance vers Ragueneau.)


Cyrano.

Exquis ! Délicieux !Homph !Bercés par ta voix,
Ne vois-tu pas comme ils s’empiffrent ?


Ragueneau, plus bas, avec un sourire.

Ne vois-tu pas comme ils s’empiffrent ?Je le vois…
Sans regarder, de peur que cela ne les trouble ;
Et dire ainsi mes vers me donne un plaisir double,
Puisque je satisfais un doux faible que j’ai
Tout en laissant manger ceux qui n’ont pas mangé !


Cyrano, lui frappant sur l’épaule.

Toi tu me plais !…

(Ragueneau va rejoindre ses amis. Cyrano le suit des yeux, puis, un peu brusquement.)

Toi tu me plais !…Hé là, Lise ?

(Lise, en conversation tendre avec le mousquetaire, tressaille et descend vers Cyrano.)

Toi tu me plais !…Hé là, Lise ?Ce capitaine…
Vous assiège ?


Lise, offensée.

Vous assiège ?Oh ! mes yeux, d’une œillade hautaine,
Savent vaincre quiconque attaque mes vertus.