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20 L’ART THÉÂTRAL MODERNE.

vie réelle comme le font aujourd’hui nos acteurs dans des pièces qui prétendent imiter fidèlement la réalité.

Le théâtre de tout temps fut ou une distraction pompeuse, ou une imitation de la vie quotidienne ; tout porte à croire que les théâtres des grandes villes rompront bientôt avec la barbarie des théâtres conventionnels et qu’un théâtre bourgeois représentera avec goût de bonnes pièces. N’en exceptons pas le drame qui fait partie du théâtre, et ne se conçoit pas détaché de ce milieu public. Il doit en sortir, s’en dégager comme la statue du bloc de marbre ; c’est dans ce sens que nous disons que le drame doit être « théâtral ». S’il ne l’a pas été jusqu’ici, c’est que le niveau de notre culture était trop peu élevé. On peut espérer à présent que, tout en restant au niveau de la culture artistique moderne, il sera de nouveau « théâtral ».

Les idées de M. Fritz Erler 1 .

A côté de M. Georg Fuchs luttait tout un groupe de fervents du théâtre : le professeur Littmann qui avait construit à Berlin, en 1907, le théâtre Schiller ; le professeur Benno Becker, le directeur Seitz, et plusieurs peintres, entre autres M. Fritz Erler. Nous parlerons seulement de ce dernier ; ses idées et mieux encore la réalisation de ses projets ont eu un grand retentissement, après les représentations du Künstler-Theater.

Le point de départ de mes efforts fut avant tout de faire ressortir claire et distincte la figure du personnage. C’est l’acteur qui doit captiver tout l’intérêt du spectacle et non ce désert de toile peinte dont on l’entoure, non plus que cet éparpillement d’accessoires et ces machineries artificielles dans lesquels on pulvérise le texte du poète.

Dès lors la préoccupation du metteur en scène sera que le personnage dès son entrée soit bien le masque rêvé par le poète ! Sa forme, sa couleur, sa taille, son port, ses mouvements devront montrer son aspect sensible et l’expression de son âme. Sur la profondeur de la scène, F. Erler est en communauté d’idées avec G. Fuchs. La nécessité s’impose pour lui que tout se passe sur une scène de

1. Mercure de France, 1er février 1910.