Page:Rouleau - Légendes canadiennes tome II, 1930.djvu/106

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qu’avec mon grand-père. Léveillé resta muet comme la tombe.

« Les deux prisonniers furent ensuite reconduits à leur cachot, où ils passèrent tout l’hiver de 1759-60.

« Je n’entreprendrai pas de te décrire toutes les souffrances et les privations qu’ils eurent à endurer pendant leur captivité. Ce ne fut ni plus ni moins qu’un martyre continuel : une nourriture insuffisante ou immangeable, des insultes grossières de la part des soldats, pas de nouvelles de leurs parents ni de leurs amis, pas de pipe, pas de tabac, toujours enchaînés entre quatre murs, etc.

« La nouvelle de leur captivité parvint bientôt au fort Jacques-Cartier et plongea dans le plus profond chagrin la garnison et la population des Écureuils et du Cap-Santé, où ils étaient universellement estimés et respectés. Mais la plupart des miliciens du fort ne s’inquiétèrent pas trop de leur sort ; car ils savaient que c’étaient deux lions et qu’ils finiraient bien par échapper à la surveillance de leurs gardes.

« Plus d’un mois s’était écoulé, et les parents des deux prisonniers n’en avaient reçu aucune nouvelle. Un jeune frère de Léveillé, âgé de quinze ans seulement, mais d’une forte stature, conçut alors le projet de descendre à Québec pour voir les prisonniers eux-mêmes. Pour cette famille de braves, entre une proposition et sa réalisation il n’y a pas loin. Le 10 de mars, le jeune Léveillé partit donc pour la capi-