Page:Rouleau - Légendes canadiennes tome II, 1930.djvu/120

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« Mon grand-père lui tourna le dos et alla trouver Pierre Léveillé, qui ronflait déjà comme un gros tuyau d’orgue.

« À minuit tout l’équipage était plongé dans le plus profond silence, et il n’y avait que trois sentinelles sur le pont, l’une sur le devant, l’autre à l’arrière et la troisième au milieu, près de la chaloupe désignée par mon grand-père. Au moment que cette dernière sentinelle avait le dos tourné à mon grand-père, celui-ci se leva doucement, s’approcha du marin immobile et lui flanqua sur la nuque un fameux coup de poing, qui l’envoya rouler sur le pont à une distance de dix pieds et sans connaissance.

« — Vite, Pierre, la chaloupe à l’eau ! »

« Aussitôt dit, aussitôt fait, et la chaloupe, montée par nos deux amis des Écureuils, s’éloigna rapidement du vaisseau-amiral. Mais l’alarme fut bientôt donnée, et deux chaloupes de la frégate s’élancèrent à la poursuite des évadés. Une balle tirée par un Anglais cassa la rame de Léveillé et lui laboura la main gauche. Cet accident retarda la course de l’embarcation des courageux déserteurs, qui allaient retomber entre les mains des Anglais, lorsque, rendus à la Pointe-à-Pagé, ils leur jouèrent le tour que je t’ai raconté plus haut.

« Mon petit Louison, tu connais le reste de l’histoire.

— Pardon, père Godin, vous avez laissé les Anglais sur le rivage de l’anse de la Pointe-à-Pagé,