Page:Rouleau - Légendes canadiennes tome II, 1930.djvu/34

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épouvantable, et, en même temps, mon hôte reçoit une gifle des mieux conditionnées ; les cinq doigts d’une main restent empreints sur son visage.

« M. Moore me dit alors d’une voix brève et tremblante :

« — Descendons. »

« Il n’a pas besoin de répéter son invitation, car en deux temps et trois mouvements je suis au pied de l’escalier.

« Je m’empresse de demander à mon hôte la cause de ce mystère. Ce dernier se fait un devoir de satisfaire ma légitime curiosité.

« — J’avais, dit-il, un fils unique que j’aimais tendrement. Je lui donnais de l’argent toutes les fois qu’il m’en demandait. Mais, ayant constaté un jour qu’il menait une vie des plus misérables, je discontinuai de lui alimenter le gousset. Il me prit alors en aversion et se conduisit en véritable fils dénaturé. Et quand, l’année dernière, il mourut à la suite d’une orgie épouvantable, il me jura que jamais personne n’occuperait sa chambre. Cette chambre est précisément celle qui vous était destinée. Vous êtes le premier qui ait passé la nuit dans ce lieu redoutable. Tous les autres pensionnaires que j’ai eus avant vous n’ont pu y rester pendant plus d’une heure. »

« Malgré cette grande dose de courage que m’attribuait ce bon vieillard, je n’ai plus remis les pieds