Page:Rouleau - Légendes canadiennes tome II, 1930.djvu/88

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dans ces ruines, lorsque j’entendis une forte exclamation en anglais, suivie d’un formidable juron contre la température. Je compris parfaitement le sens de cette phrase, parce que je savais passablement bien baragouiner l’anglais à cette époque. J’eus peur, quoique je ne sois pas un lâche, comme tu vas le voir.

« Je porte mes regards vers la rivière, et, à la lueur d’un éclair, je distingue trois hommes, vêtus de chemises rouges, dans une chaloupe qui aborde près du moulin. Je fais aussitôt le signe de la croix et je récite toutes les prières que ma pauvre défunte grand’mère m’avait enseignées dans ma plus tendre jeunesse ; car le doute n’était plus possible : c’étaient certainement les habitants du moulin, c’est-à-dire le diable et ses diablotins.

« Le plus grand, qui me paraissait être le chef de la petite bande, dit à l’un de ses compagnons :

« — John, va faire partir la grande roue du moulin, et entrons vite nous mettre à l’abri de la pluie et prendre un bon coup de brandy. Voilà déjà trop longtemps que nous sommes dehors, pour ce que cela nous a payés. C’est un diable de voyage. »

« Et il se mit à jurer et à maudire contre le temps, contre le ciel et contre tous les saints.

« En entendant ces jurements épouvantables, les cheveux me dressaient sur la tête, et j’aurais donné tout ce que je possédais pour être dans ma maisonnette, auprès de ma bonne Madeleine, qui devait être inquiète sur mon sort.