Page:Rouleau - Légendes canadiennes tome II, 1930.djvu/87

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retourner à la maison ; car Madeleine m’avait dit en partant :

« — Mon cher Jean, on va avoir de l’orage, le temps se graisse ; reviens de bonne heure et passe loin des ruines du moulin.

« — N’aie pas peur, femme, je serai ici avant l’orage. Quant au moulin, il n’y a pas plus de diable dedans que sur la main. Bonsoir ; dans deux heures je serai ici, avec une bonne « brochetée ».

« Deux heures s’étaient écoulées, et je n’avais pas de brochetée.

« Au moment où je me levais pour retourner au logis, un éclair épouvantable sillonna la nue, un coup formidable de tonnerre ébranla les deux caps qui se dressent de chaque côté de la rivière, et la pluie commença à tomber par torrents. Ce fut un véritable déluge. Que faire ? J’étais en chemise, et l’eau me pénétrait jusqu’aux os. Il n’y a pas à balancer, il faut que je me mette à l’abri, et, comme le moulin se trouve à deux pas de moi, je me réfugie dans cette masure, malgré les recommandations de ma bonne Madeleine.

« Dans ce temps-là, il y avait sur l’aile droite du moulin une partie du toit qui était encore debout. Je grimpe avec beaucoup de difficulté sur une espèce d’échafaudage en planches qui se trouvait sous cette couverture, et je me couche sur ce lit de camp en attendant le retour du beau temps.

« Il y avait à peine une demi-heure que j’étais là,