Page:Rouleau - Légendes canadiennes tome II, 1930.djvu/93

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une planche par la tête, et mon agresseur dégringole sans tambour ni trompette jusque sur le terrain des vaches.

« La frayeur et la colère avaient triplé mes forces. Je soulève aussitôt une poutre de quinze pieds de longueur sur un pied d’épaisseur et je la jette sur le feu, qui menaçait alors de s’éteindre. Dans sa chute précipitée, ma poutre entraîne une autre pièce de bois, qui bondit, rebondit, donne contre la grande roue, la casse et en fait rouler les débris en bas du coteau, jusqu’à la rivière.

« Rendu presque fou par la peur, je me mets, sans savoir ce que je fais, à crier comme un forcené. Ces hurlements achèvent l’œuvre de mon salut ; car les rôles sont changés. Tout à l’heure j’avais pris ces brigands pour des diables, et maintenant c’est moi qui, à leurs yeux, passe pour être le père des ténèbres. Une partie du moulin démolie, un de leurs compagnons assommé, des cris diaboliques ; il n’en fallut pas davantage pour les convaincre que j’étais le diable en personne. Empoignant leur camarade que j’avais si mal reçu du haut de mon perchoir, ils s’embarquent précipitamment dans leur chaloupe et disparaissent au milieu de l’obscurité, en jurant que jamais le moulin de Jacques-Cartier ne leur servirait de refuge.

« Depuis cette époque, les habitants des Écureuils n’ont plus entendu de bruit ni vu de lumières dans le moulin du Diable.