Page:Rouquet - Petits Poèmes, AC, vol. 68.djvu/4

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Puis, quand de la lutte effaçant la trace,
Un gazon épais vint les recouvrir,
Deux bâtons en croix dirent seuls la place
Où ces fiers français avaient su mourir.


II

Or, douze ans après, sur cette colline
Que les allemands voudraient oublier,
La petite croix ayant pris racine
Était devenue un grand peuplier.

Dans ses longs rameaux brillait l’espérance ;
Son faîte élevé qu’on voyait verdir,
Aux cœurs alsaciens rappelait la France
Qui dans le malheur avait su grandir.

Un matin que tout était près d’éclore,
Ayant du printemps senti les frissons,
Et que les oiseaux saluaient l’aurore
Dans le peuplier plein de leurs chansons,

Tandis que montait la brise attiédie,
On vit des prussiens passer stupéfaits !
Au sommet de l’arbre une main hardie
Avait osé mettre un drapeau français.

Pendant quatre jours en roi de l’espace,
Il cingla, vainqueur, les cieux empourprés.
Pas un alsacien, malgré la menace
Ne voulut toucher à ses plis sacrés.

En vain des soldats tentaient l’aventure ;
Il flottait toujours par les vents battu.
On dut ordonner, pour venger l’injure,
Que le peuplier serait abattu.

Le tronc fut haché jusqu’au ras de terre ;
Mais, le lendemain, sur ce fier débris,
Les lourds allemands, blêmes de colère,
Lurent en français : Mort pour son pays !



LA NUIT DU 30 AVRIL


Au Sculpteur Falguière.


Lallée était déserte et la nuit était noire.
Sous son voile, Barbès sommeillait dans sa gloire,
Attendant le grand jour où son front radieux
Apparaîtrait enfin superbe à tous les yeux.