Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/105

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Tristesse de l’amour, ô saints gémissements,
Des pleurs du repentir chastes enivrements,
Esprit intérieur, élan de la prière,
Repos, recueillement, silence, ombre, mystère,
Vie inconnue à tous, vie au milieu des bois,
Douceurs de l’amertume, ivresses de la Croix :
Qui pourrait, ici-bas, vous comprendre et décrire ?
Quel poète oserait vous chanter sur sa lyre ?
Qui pourrait aux cœurs mous, aux âmes des cités,
Révéler du désert les âpres voluptés ?…
 La Contemplation, c’est la vie unitive :
C’est l’âme concentrée en sa force inactive ;
C’est l’âme, abandonnant tous les objets divers,
Tous les pâles rayons, épars en l’univers,
Pour se perdre en Dieu seul, qui l’absorbe et l’embrase,
Dans un flot de lumière, et d’amour, et d’extase !
La Contemplation, c’est le sommeil des sens,
Et le réveil de l’âme en des cieux ravissants !
La Contemplation, sœur de la Solitude,
Donnant un avant-goût de la béatitude,
Fait que l’âme s’écrie, — heureuse de souffrir :
« Je me meurs du regret de ne pouvoir mourir ! » —
Oh ! qui me donnera des ailes de colombe ?
Qu’il est doux pour l’amour de passer par la tombe !
Libre enfin de la chair, qu’il est doux, qu’il est doux
De s’endormir en paix, pour s’unir à l’Époux ! —
Mourir pour le chrétien, c’est commencer de vivre ;
C’est entrer dans la joie, où l’âme enfin s’enivre ;
C’est ne plus espérer, ne plus croire : C’est voir !
C’est aimer, posséder, tout comprendre et savoir : —
Science intuitive, amour béatifique,
Possession de Dieu dans l’ivresse extatique,
Épanouissement dans la Réalité,
Ineffable repos pendant l’Éternité !