Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/135

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L’Amérique, à ma voix, enfante un Encelade,
Géant blasphémateur, dont l’audace escalade,
En son délire impie et son aveugle élan,
Les cieux où planent seuls les Anges de Satan.
De la Magie Astrale évoquant les Puissances,
Il sonde l’océan des Occultes Sciences !
Sous un masque attrayant, poète de la chair,
Qu’entourent de respect les filles de Mesmer,
L’érotomane Harris, Nécromant d’Amérique,
En tirant des accords de sa lyre hystérique,
D’astre en astre ravi, sur terre a dévoilé
Les mystères d’amour de mon « Ciel Étoilé ! »
Dans des chants éthérés de vibrante harmonie,
Il a décrit le vol de l’extase infinie ;
L’extase où l’idéal, s’unissant au charnel,
Réalise l’espoir d’un hymen éternel !
Rapsode illuminé de crédules victimes,
Que j’attire par lui vers mes sombres abîmes,
Dans son épithalame astral, il leur promet
Un ciel de voluptés digne de Mahomet !
En passant à travers un océan de fanges,
Il leur promet un jour de devenir des Anges ;
Et conservant leur sexe en des corps lumineux,
D’éterniser au ciel d’indissolubles nœuds !
Ses poèmes, éclos du sommeil mesmérique,
Au délire des sens excitent l’Amérique !
Chantre de la révolte et de la volupté ?
De l’orgueilleux mépris de toute autorité,
Le cœur brûlant de naine et chargé de colères,
Il fuit des monts sacrés les sereines lumières.
Sa Muse spasmodique enferme dans ses flancs
Des révolutions les désordres sanglants ;
Hécate échevelée, au sortir de l’orgie,
Elle entonne les chants de la démagogie,
Agitant ses flambeaux, allumés dans l’Enfer,
Devant un siècle impie, envahi par la chair ! !
 Le clairvoyant Davis, en sa philogynie,
Annonce l’Âge d’Or de la Grande Harmonie ;
L’Âge où l’amour, changeant tout l’ordre social,
Transformera la terre en Éden nuptial ;
Cet Age désiré de l’heureux Millénaire,
Qui doit réaliser chaque intime chimère ;
Où les cœurs subiront un charme pérennel,
L’harmonial accord, l’attrait passionnel ;
Où l’instinct impulsif et le libre divorce
Aux sympathiques lois laissant toute leur force,
Les cœurs graviteront, l’un vers l’autre attirés,
Pour être enfin unis et jamais séparés !
 Chaque pseudo-prophète enfante sa folie ;
Le désordre est partout, partout l’anomalie :