Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/15

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Le repos est fertile à qui s’isole et prie ;
À qui jeûne au désert, à qui souffre à l’écart ;
Le repos dans l’amour, c’est la part de Marie,
Et la part de Marie est la meilleure part !

Le repos est fertile… et cependant, qu’entends-je ?
Un reproche du monde, aveugle et sans merci ;
Un reproche insultant, dont s’étonne mon Ange,
Comme si de son front l’astre était obscurci !

Un reproche qui vient troubler la solitude,
Où j’achève sans bruit mon Poème sacré,
Où dans l’ardent repos, la prière et l’étude,
À cette œuvre d’amour je me suis préparé !

Ô monde accusateur ! apprends à me connaître ;
Avant de m’accuser, interroge mes pleurs ;
En mon asile étroit que ton regard pénètre ;
Qu’il contemple les fruits, éclos de mes douleurs !

Chanter, c’est servir Dieu ; c’est animer son frère
Dans l’exil et la lutte. — Adorer, contempler,
C’est faire ce que font les élus dans la sphère,
Où notre âme affranchie un jour doit s’envoler !


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Les hommes d’action et les hommes de prière.

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« Des hommes d’action, des hommes de logique,
Oui, voilà ce qu’il faut dans ce siècle énergique ;
Des hommes criant fort et marchant le front haut,
Des hommes positifs, oui, voilà ce qu’il faut !
À ce grand siècle, il faut des ouvriers pratiques ;
De robustes enfants, non de frêles mystiques !
Il n’a pas le loisir d’effeuiller quelques fleurs
Sur le front virginal d’ascétiques rêveurs ! —
Arrière les rêveurs ! — Selon sa théorie,
Marthe seule travaille ; inutile est Marie ;
Ce siècle n’admet pas de sainte oisiveté ;
Le repos est proscrit de ce globe agité ;
L’humanité n’a plus que la vapeur pour âme ;