Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/172

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
( 172 )

Fais que prie à l’écart, aidant sa sœur active,
Marie, en son repos, humble Contemplative,
Et que le ciel fléchi par son austérité,
Jette un regard clément sur ce siècle agité !
 Autrefois, jeune encore, en chantant les savanes, —
La Muse me dicta quelques notes profanes ;
Pour elle, en sa candeur, le monde gracieux,
Les choses de la terre avaient l’éclat des cieux :
Mais depuis, à genoux dans la divine enceinte,
Elle a reçu l’étole avec Fonction sainte ;
Et par le sacerdoce attachée au Seigneur,
Son amour en lui seul a trouvé le bonheur ;
Craintive en son espoir, avec inquiétude
Elle aborde les lieux où vit la multitude ;
Et quand son cœur s’exhale en de pieux concerts,
C’est toujours, loin du siècle, au fond des grands déserts ;
Semblable au whip-poor-will, harmonieux ermite,
À l’ombre des forêts, elle prie et médite,
Et veillant avec lui, sous l’azur étoile,
Sent descendre l’extase en son cœur isolé ;
Dans le calme profond et l’ardente prière,
Son esprit en silence et s’enflamme et s’éclaire ;
Consacrée à jamais par un vœu solennel,
La paix est dans son âme, et son âme est au ciel !
Pour elle la douleur a son intime ivresse ;
Elle puise la joie au fond de la tristesse ;
Et dans la solitude, unie à son époux,
En le possédant seul, sympathise avec tous !