Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/245

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Sous des lambris dorés, dans un triste esclavage,
L’esclavage du monde au menteur étalage,
L’esclavage du luxe et de la volupté ;
Ils viendront chercher Dieu, loin d’un monde agité :
Une sainte pensée est toujours immortelle ;
Elle résiste au nombre et l’emporte avec elle ;
S’attirant tous les cœurs ardents et généreux,
Elle agit sur le siècle et triomphe par eux ;
Elle agit et triomphe, au milieu des obstacles ;
Et reçoit, à la fin, le sacre des miracles ! —
Courage ! — L’arbre altier n’a crû qu’avec les ans ;
C’est dans l’ordre établi que tout vienne en son temps ;
L’avenir dans notre âme en secret s’élabore ;
L’année a son printemps, et le jour son aurore.
De ton œuvre, au désert, jette les fondements :
Rien de grand n’eut jamais de grands commencements ;
Mais sur l’obscur berceau de toute grande chose,
Comme sur l’humble fleur qu’un jeune fleuve arrose,
L’Ange veille avec soin, l’abrite et le défend,
Et d’épreuve en épreuve accompagne l’enfant ;
Et l’enfant r en croissant, va d’épreuve en épreuve,
Comme un faible ruisseau qui devient un grand fleuve !
De ton œuvre, au désert, jette les fondements :
Rien de grand n’eut jamais de grands commencements !
Par le monde accusé, souffre, attends et médite ;
L’Église aime et bénit le repos de l’ermite ;
Toujours, dans son repos, l’humble Contemplatif,
Trouve pour l’exalter un défenseur actif ;
Toujours, pour l’appuyer de sa puissante crosse,
Il trouve quelque Saint, digne du Sacerdoce ! —
Sous l’aile de l’Évêque, abrite ton espoir :
Son amour est encor plus grand que son pouvoir !
S’il ne te blâme pas, l’Ange du Diocèse,
Qu’importe des cœurs mous l’alarme ou le malaise ?
Qu’importent les clameurs, les bruits calomnieux,
L’insulte d’un faux-frère ou d’un scribe envieux ?
Tout ce qui n’est pas vrai passe comme l’orage ;
Mais avec ton amour grandira ton courage !



le poète.


Si l’œuvre vient de Dieu, qu’importent les humains ?
Ils ne pourront jamais l’ébranler de leurs mains. —
Si Dieu ne la soutient, c’est qu’elle est inutile ;
Et tout appui de l’homme, alors, serait fragile. —
Je veux ce que Dieu veut ; je le veux selon lui ;
Je le veux pour lui seul ; qu’il soit mon seul appui :
Sans craindre l’insuccès, j’attends la réussite ;
Ni le doute jamais, ni l’espoir ne m’agite !
Si Dieu veut le succès, qu’importe l’instrument ?
Tout ce qui doit durer s’enfante lentement ;