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Cette âme est en contact avec la foule active,
Et c’est ainsi qu’agit l’âme contemplative,
Plus utile en repos qu’une autre en s’agitant :
L’immobile prière est un levier puissant !
Oui, tandis que l’acteur, qui s’admire et qui s’aime,
Croit remuer le monde, en s’agitant lui-même,
C’est l’âme de Marie, en son oisiveté,
Qui produit, sans orgueil, l’immense activité !
L’amour, dans le repos, aidé de la prière,
Ainsi que la rosée, ainsi que la lumière,
Dont la fleur se colore et s’abreuve à la fois,
Pour opérer le bien, suit de célestes lois ;
Et pénétrant les cœurs, sans bruit et sans secousse,
Atteste une influence aussi forte que douce !
Ah ! laisse au siècle actif, émerveillé de bruit,
Ignorant du pouvoir qu’à donné Jésus-Christ,
Laisse à ce siècle aveugle, épris de la matière,
Sa bruyante action et sa fausse lumière !
Le bruit fait peu de bien, et le bien peu de bruit ;
L’acte le plus divin devant Dieu seul reluit ;
La fleur de la vertu, belle de son mystère,
S’ouvre et brille dans l’ombre, et puis meurt solitaire !
La plus grande action s’opère sans éclat ;
La vaine activité, recherchant l’apparat,
D’un public aussi vain recueille les louanges :
Agir dans le repos c’est imiter les Anges !
L’immobile prière est un mystique aimant ;
Par elle tout gravite au seuil du firmament ;
La prière est la loi souveraine des êtres :
Les Anges dans le ciel, dans le temple les prêtres,
Les hommes, en tous lieux, subissent cette loi ;
C’est le lien d’amour, d’espérance et de foi :
Il aime et sert, celui qui s’isole et qui prie,
Et qui, dans le repos, contemple avec Marie ;
Il aime et sert, l’ermite au fond de son désert ;
L’âme contemplative, à distance, aime et sert !
Si tout pouvait manquer à la fois, sur la terre,
Pour tout reconquérir, resterait la prière !
 Enfant du sacrifice et de la passion,
Aimer, souffrir, prier, — c’est ta vocation !
Dieu t’appelle au désert, pour y vivre en recluse ;
Ton âme, avec l’amour, a la science infuse ! —
Vois !… dans ce siècle ardent de folle activité,
D’un vol vertigineux le monde est emporté ;
L’esclave genre humain tourne sa lourde meule ;
Le désert est désert ! la solitude est seule !