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Des âmes, aspirant, dans leur virginité,
Vers l’Idéal sacré, la suprême Beauté ;
Des âmes par le monde et la foule incomprises,
Qui bravent les périls des saintes entreprises ;
Qui rêvent le repos dans le Bien souverain,
Le repos dans l’amour de leur Époux Divin !
Ô Seigneur, doux Jésus, Amant des âmes chastes,
Des esprits enflammes, des cœurs enthousiastes,
Affermissez leurs pas dans les sentiers étroits ;
Protégez leur espoir contre les souffles froids ;
Au milieu des écueils ne laissez pas sans guides
Les hommes courageux, les vierges intrépides,
Tous ceux, qui pour sauver leur âme et vous servir,
Ont, loin d’un monde vain, résolu de s’enfuir ;
Tous ceux, qui, pénétrant l’esprit de l’Évangile,
Estiment leur salut la seule chose utile ;
Et qui, renversant tout, dans leur fuite aux déserts,
Veulent sauver leur âme au prix de l’univers !
Ô Seigneur, soutenez, dans leurs saintes alarmes,
Ceux dont l’âme a sondé le mystère des larmes ;
Ceux qui, ne pouvant pas ici se réjouir,
Disent, dans leur exil : « Ou souffrir ou mourir ! »
Qu’il est beau, qu’il est doux, dans une sainte ivresse,
D’offrir à Jésus-Christ la fleur de sa jeunesse !
Qu’il sont heureux tous ceux, qui, dans leur sage ardeur,
Ne veulent pour époux que le Divin Sauveur !…
En tous temps et tous lieux, Dieu prépare et suscite.
Des esprits rayonnants que l’héroïsme excite :
Espérez et croyez ; il est encor des cœurs
Que ne peuvent glacer les sourires moqueurs ;
La foi n’est pas livrée aux calculs prosaïques ;
L’amour embrase encor des âmes héroïques ;
Cette terre est féconde en générosité ;
L’avenir appartient à sa postérité ;
La race Américaine, enthousiaste et rude,
Dans son indépendance, aime la solitude ;
Et sous le nom vainqueur de libres pionniers,
Ses fils aventureux ouvrent tous les sentiers :
On les voit, sans regret abandonnant Carthage,
Transformer le désert en fertile ermitage !
C’est la race nomade, au cœur inasservi,
D’un rêve glorieux sans cesse poursuivi,
Et que la Providence, en sa bonté suprême,
Doit couronner un jour du plus beau diadème !
Le peuple Américain, nouveau Peuple de Dieu
Aura pour l’éclairer la colonne de feu ;
Et guidé dans sa marche et sa haute entreprise,
Entrera triomphant dans la terre promise !
La thébaïde, ici, doit resplendir encor ;
Oui, nous verrons bientôt fleurir cet âge d’or ;