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Chaque désert, peuplé de pieux habitants,
Contemplait, comme au ciel, ses astres éclatants ;
Dans ces temps glorieux, la terre avait ses anges ;
Elle entendait chanter les célestes phalanges : —
Mon règne doit renaître en son éclat divin ;
C’est ton tour, Amérique ; à toi je viens enfin ;
Ouvre de tes forêts la profondeur inculte ;
Pour te régénérer, je t’apporte mon culte ;
Je viens avec amour, je viens pour te bénir :
La Thébaïde antique ici doit refleurir !
Les révolutions m’exilent du Vieux-Monde ;
Je viens pour te sauver, Amérique féconde ;
Pour consacrer tes bois, tes grottes et tes monts ;
Pour y faire cesser le culte des démons ;
Je viens pour susciter un esprit plus mystique,
Et rétablir ici le Règne Érémitique —
 Amérique, Salut ! je prends possession
De tes vastes déserts, refuges du bison ;
Au bord de chaque lac, sur chaque promontoire,
Je viens, loin des cités, bâtir un oratoire ;
Je viens pour attirer tes filles et tes fils,
Et jeter à la chair de solennels défis !
Je viens pour allumer dans ton sein, Amérique,
L’enthousiasme ardent d’une vie héroïque ;
Par la grâce et l’amour transfigurant les cœurs,
Du monde et du démon je les rendrai vainqueurs !
 Amérique, pour toi s’ouvre une nouvelle ère ;
Il faut pour te sauver le jeûne et la prière :
La prière ! pouvoir du plus faible mortel,
Invincible sur terre, irrésistible au ciel ;
Seul pouvoir incessant que possède chaque âme ;
Que possèdent, partout, l’enfant, l’homme et la femme,
Le Saint et le pécheur ; seul pouvoir incessant
Avec lequel lutter contre le Tout-Puissant ! —
La prière ! ineffable et ravissant mystère,
Liant la terre au ciel et le ciel à la terre ;
Communion des Saints, réversibilité,
Lien par qui les cœurs vivent dans l’unité !
Par la prière, l’âme, en son élan sublime,
Avec l’âme, à distance, est en rapport intime ;
Pour son fils une mère intercède en secret,
Et son fils, à distance, en ressent le bienfait ;
S’élevant, sans repos, de victoire en victoire,
Elle atteint, en son vol, le feu du Purgatoire ;
Elle poursuit partout le pécheur fugitif,
Le saisit dans sa fuite et l’embrasse captif !
Tout par elle se lie en un vaste système,
Dont Dieu, Centre invisible, est le Moteur suprême ;
Dieu sur qui l’âme agit en ses élans d’amour,
Et l’âme sur qui Dieu réagit à son tour !