Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/44

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


L’accord universel : La poésie est sainte !
La Muse de l’autel peut s’approcher sans crainte ;
Le barde, après le prêtre, est roi dans le saint lieu ;
La langue de David, c’est la langue de Dieu ! —
La poésie est sainte ! et l’Eglise inspirée
N’a jamais récusé cette langue sacrée :
Avec l’encens, les fleurs et les présents divers,
Le poète fidèle a droit d’offrir ses vers !
Oui, l’Église a toujours accueilli d’un sourire
Le fils de l’harmonie incliné sur sa lyre !
Et quand tout s’en allait, croulant de toutes parts,
L’Église, au sein des flots, fut l’Arche des Beaux-Arts !
On le sait aujourd’hui, c’est elle, au Moyen-Age,
Qui, riche de trésors, les sauva du naufrage ;
Lorsque la nuit pesait sur tout le genre humain,
Elle seule tenait un flambeau dans sa main ! —
La poésie est sainte ! Autrefois le poète
Était pontife ou roi, voyant, juge ou prophète :
Le poète, Aujourd’hui, n’est pas moins qu’autrefois ;
La harpe de David vibre encor sous ses doigts !
Dites, Synésius, Grégoire, Apollinaire,
Si vous avez marché sur les traces d’Homère,
Si vous avez orné de fleurs la vérité,
Jusqu’au pied de l’autel si vous avez chanté ;
Et si vos chants, échos des hymnes angéliques,
Ont transporté d’amour les peuples catholiques ;
Oh ! dites, ai-je en vain reçu le même don,
Et dois-je pour mes vers implorer le pardon ?
Est-ce pour qu’elle reste inutile et muette
Que Dieu mit une lyre en mon cœur de poète ?
Oh ! non ! et c’est en vers que je viens aujourd’hui,
Pontife Souverain, du faible ferme appui,
Te demander, au nom de la Vierge sans tache,
Une faveur qu’il faut que son amour t’arrache : —
Permets donc à ma Muse, en son mystique attrait,
De choisir pour prier l’ombre de la forêt ;
Laisse-la, secouant la poussière des villes,
Choisir au fond des bois le plus sûr des asiles !
Aujourd’hui, dans le monde, ennemi de la Croix,
Les dangers sont pour nous les mêmes qu’autrefois :
Tu le sais, ô Saint-Père, il est des âmes faites
Pour prier loin du bruit, pour gémir loin des fêtes ;
Il est des cœurs scellés, et qui ne sont remplis
Que de l’amour du ciel ; et semblables aux lys,
Leur pureté demande un abri solitaire,
Le cloître, ou le désert, ou la cellule austère.
Dans ce siècle-à-vapeur, siècle d’éclat, de bruit,
Où tout se démolit et rien n’est reconstruit,
Puisqu’il n’est aucune arche ouverte à la colombe,