Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/5

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de l’âme émue et ravie en extase par la beauté mystique dont elle est éprise ; c’est le langage de l’amour, qui est inquiet, que rien ne satisfait, à qui rien ne semble difficile, et qui appelle à son secours l’essor poétique, le rhythme, le chant, toute la magie harmonieuse des images, pour peindre ses émotions, ses extases, ses visions idéales, les tristesses amères de l’exil et les joies anticipées du ciel ! Voilà pourquoi ont chanté David et le Dante, St-François d’Assise et Saluzzo, St-Jean-de-la-Croix et Ste-Thérèse ; et voilà pourquoi, venu du fond des solitudes primitives, où nous avons contemplé l’invisible dans le visible, Dieu dans son œuvre ; attentif aux grandes harmonies de la nature, épris de la Beauté dont ils étaient épris, nous aussi nous allons essayer de parler le langage mystique de l’amour dans ce siècle anti-mystique de l’égoïsme. Nous ne craindrons pas de chanter la solitude, la prière, la contemplation, la vie angélique, que mènent, dans le cloître ou dans le désert, ceux qui ont assez d’héroïsme pour quitter leurs frères afin de les mieux servir, et qui ne demandent qu’à, être oubliés de ceux qui ne peuvent ni les comprendre ni les récompenser. Mais, en chantant la solitude, la prière, la contemplation, l’héroïsme expiatoire, nous n’avons pas oublié, (la grâce ne détruisant pas la nature) tout ce que nous devons à la patrie et à la famille, à l’amitié et à la cause nationale, à la Nouvelle-Orléans et au Bayou-Lacombe, à l’Amérique et au peuple Américain ! L’homme est compris dans le prêtre, le patriote est compris dans l’homme, et le poëte comprend le prêtre, l’homme et le patriote. Aimer l’Église, c’est aimer la patrie ; et aimer la patrie, c’est la servir par la prière, par la parole et par le glaive, c’est défendre ses remparts et ses institutions, c’est vivre et mourir pour sa gloire et son salut : Et l’enfant qui se détache d’elle et qui s’en va dans la solitude prier pour elle, ne l’aime pas moins que celui qui tient la plume ou l’épée. — Malheur au peuple qui ne prie pas et pour qui on ne prie pas ! La prière est le mystérieux palladium qui protège la cité, l’État, la République ! Pour que la société soit en repos, pour maintenir l’équilibre social, il faut la prière et l’expiation de quelques âmes héroïques, qui, loin du tumulte et de la mêlée, dans le silence et le recueillement de la retraite, vivent sur la terre comme les anges dans le ciel. Malheur à toi, ô jeune Amérique, si tu ne vois pas dans tes villes, sur tes montagnes et au fond de tes forêts, ces mystiques colonies qui font violence au ciel par leurs larmes et leurs prières ; si tu ne vois