Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/71

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Oui, toi, tu reconnais toujours tes vrais enfants ;
Tu sais bien distinguer, dans les plus durs accents
Si c’est l’excès d’amour ou l’orgueilleuse haine,
Si c’est l’ardeur divine ou la colère humaine,
Si c’est l’élan mystique ou l’instinct de la chair,
Si c’est l’esprit du ciel ou l’esprit de l’enter,
Qui, poussant quelque moine, ou quelque saint poète ;
Du fond de son désert, du fond de sa retraite ;
Le fait parler, ainsi qu’Hildegarde ou Suso ;
Ainsi que Saint Bernard, Tauler ou Saluzzo ;
En sa rudesse, ainsi qu’Élie et Jean-Baptiste,
L’Aigle Aréopagite et l’Aigle Évangéliste ;
Ces Anges de salut, tout-à-coup apparus ;
Ces régénérateurs, qui sont toujours venus
Du rayonnant abri des calmes solitudes,
Pour prêcher avec foi les Huit-Béatitudes ;
Pour prêcher l’Évangile aux peuples, comme aux rois ;
Pour défendre le Pape et défendre la Croix ! —
 Les mains pleines de fleurs, comme sur un Parnasse,
Tu reçus en triomphe et Pétrarque et le Tasse !
Lorsque, pour avoir dit la sainte vérité,
Ainsi qu’un ennemi par tous persécuté,
Le barde indépendant fuit loin d’un sol barbare, —
Qu’il tourne avec amour ses veux vers la tiare ;
Qu’il espère et s’écrie, humble et doux suppliant :
« Rome ! ô Mère immortelle ! accueille ton enfant ! »
Et ton cœur amoureux, à ce cri poétique,
Jusqu’alors expirant sans écho sympathique,
Répondant tout-à-coup, dans un sublime élan,
À l’élu du Parnasse ouvre le Vatican !

 Ô toi, qui proclamas, sous la voûte étoilée,
D’une infaillible voix, Marie Immaculée,
Roi-Pontife de Rome, en qui la Papauté
Brille de tout l’éclat de son éternité,
Semblable au Dieu, vêtu d’un manteau d’écarlate,
Devant l’inique Hérode ou le lâche Pilate,
Malgré l’Europe impie et ses Gouvernements,
Tu resteras toujours fidèle à tes serments ! —
Le Dragon, enchaîné par le Fils de Marie,
Ne peut ressusciter l’ancienne Idolâtrie !
Le sang de Jésus-Christ coule sur chaque autel ;
Un concert d’oraisons s’élève vers le ciel ;
Le monde, en vain, partout, s’arme contre l’Église :
Contre elle, en ses efforts, toute fureur se brise !
Seule Arche de salut ouverte aux fils d’Adam,
Contre elle, avec les Rois, en vain lutte Satan !
Survivant aux débris d’universels naufrages,
L’Arche Sainte de Rome a traversé les âges !