Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/80

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Son sein ne contient plus le germe fécondant :
L’espoir du genre humain n’est plus qu’en Occident !
L’ancien Monde s’écroule ; adieu les vieilles races ;
Le ciel a détourné le fleuve de ses grâces !
C’est ton tour, Amérique ; à toi tout l’avenir :
L’ancien Monde n’a plus que son froid souvenir !
À toi l’enthousiasme et les sources de vie ;
À toi la sainte flamme et l’élan du génie !
Salut, mère féconde, à qui la liberté
Donne, avec le pouvoir, la grâce et la beauté !
Amérique, salut ! Mon esprit sympathise
Avec ton vaste esprit d’héroïque entreprise ;
J’aime d’un peuple neuf la généreuse ardeur :
Sa confiance en Dieu révèle sa grandeur ;
Il est né pour atteindre aux cimes les plus hautes ;
Le peuple Américain est grand jusqu’en ses fautes !
Il a pris pour emblème un aigle audacieux,
Dont le cri triomphant retentit dans les cieux !
Des mornes royautés toute gloire est voilée ;
C’est à toi de briller, ô bannière étoilée ;
L’avenir t’appartient, ô Continent nouveau :
L’ancien Monde n’a plus que l’espoir d’un tombeau !
N’es-tu pas et plus vaste et plus belle, Amérique,
Que l’Europe, l’Asie et l’infertile Afrique ?
Devanciers de Colomb, quand les marins du Nord,
Sur la foi d’une idée, ont fui loin de tout port,
Dans leur nef vers ta plage abordant comme un cygne,
Ils se sont écriés : « Ô terre de la vigne ! »
Tes États fraternels, dans leur forte unité,
Ont gardé tous les traits de la diversité ;
Et tandis que chacun reste libre en sa sphère,
De tous le Capitole est l’Étoile polaire !
N’as-tu pas pour domaine, entre deux océans,
Tous les climats divers et leurs fruits abondants ?
Le blé croît dans tes champs aussi beau que la vigne ;
De ta grandeur future apparaît chaque signe ;
L’or de tes monts ruisselle en sable étincelant,
Qui roule dans ses flots l’astre du diamant ;
Et pour le regard seul, qu’aveugle la lumière,
Ton Destin Manifeste est encore un mystère !
Oh ! qui pourrait compter les splendides trésors,
Que le ciel favorable amassa sur tes bords ?
Ici, tout fut créé sur une échelle immense ;
Tout brille et se déroule avec magnificence :
L’Europe est le tableau, l’esquisse en raccourci ;
Mais le parfait modèle, en grand, éclate ici !
Lacs, fleuves et déserts, et l’homme et la nature,
Et les précoces fruits de la littérature,
Tout est grand, tout est vaste, en ce Monde nouveau,
Chez ce peuple géant qui n’eut point de berceau !