Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/79

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Quand les peuples ingrats ont abusé des grâces,
Dieu, les abandonnant, a béni d’autres races ;
La foi, comme la vie, a ses migrations ;
Elle renaît au sein des jeunes nations.
Ces villes d’Orient, autrefois si fidèles,
Ces foyers de la foi, ces reines, où sont-elles ?
Que sont-ils devenus, ces temples glorieux ?
La source de la grâce est tarie en ces lieux :
Jérusalem n’est plus ; Antioche est flétrie ;
Ptolémaïs est morne, autant qu’Alexandrie ;
Constantinople impure a renié son Dieu !
Les fils de Mahomet parquent dans le saint-lieu ;
A ces climats maudits l’ancien feu se dérobe ;
Les ombres de la mort ont envahi ce globe ;
Et le soleil divin, marchant vers l’Occident,
Cherche un monde plus jeune, un peuple plus ardent ! —
Les Princes de l’Europe, endurcis et sans crainte,
Orgueilleux, ont osé toucher à l’Arche-Sainte,
Et porter, comme Oza, la main à l’encensoir :
Sur leurs trônes sans base, ils n’ont pu se rasseoir !
Dieu pardonne toujours les fautes de jeunesse,
Excès irréfléchis d’une éphémère ivresse ;
Mais pour la froide astuce, en ses iniquités,
Il a des châtiments par l’Enfer inventés ! —
Tandis que l’Amérique, au début de son drame,
Proclamait tous les droits revendiqués par l’âme,
L’Europe, en son délire, au gré des Potentats,
Consommait lâchement les plus noirs attentats ;
En sa démence impie, au mépris du Saint-Siège,
Elle consomme encor l’œuvre du sacrilège !
L’Europe est trop coupable ! — Il faut un châtiment
Égal aux longs excès de son aveuglement !
Sois bénie, Amérique ; Amérique, sois fière :
Des saintes libertés noble et riche héritière,
Ton avenir n’est plus pour l’Europe un secret ;
Du Dieu, qui régit tout, c’est l’éternel décret
Qu’à des mondes vieillis succède un nouveau monde ;
Qu’épuisée en un lieu, la vie ailleurs abonde ;
Que le sceptre immortel des Pharaons éteints
Tombe avec les Beaux-Arts en de nouvelles mains ;
Et que le froid vieillard, dont l’œuvre se consomme,
En rentrant au tombeau, fesse place au jeune homme !
De la Religion, en ce siècle sans foi,
L’asile et le triomphe, Amérique, c’est toi ;
Sur ton front radieux, vierge encor d’anathème,
En bénissant tes fils, Dieu pose un diadème !
Au peuple, ainsi qu’à l’homme, il faut l’âge premier
Pour enfanter le saint, le barde et le guerrier.
L’Orient, chaque jour, pâlit comme une lampe ;
Il a perdu la source où l’âme se retrempe ;