Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/87

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Une mère adoptive, une mère étrangère,
Quel que soit son amour, n’est jamais notre mère !
 Qu’importent à l’enfant de nos vertes forêts
L’Europe et ses tombeaux, l’Europe et ses palais ?
L’enfant qu’entre ses bras a bercé l’Amérique,
N’éprouve aucun attrait pour l’Orient féerique ;
Il garde avec fierté, comme un instinct inné,
L’enthousiaste amour du sein dont il est né !
 Le faux cosmopolite, en parcourant la terre,
Pour prêcher avec bruit l’amour humanitaire,
Détruit l’ordre divin et l’ordre social,
La famille, l’État, l’esprit national.
Égoïste rhéteur de la philanthropie,
Il ne craint pas de dire, en son audace impie :
« La patrie est partout où l’on se trouve bien ;
« L’étranger en tous lieux a droit de citoyen ;
« Des étroits préjugés renversant les barrières,
« Il réclame partout ses droits humanitaires ! »
 Ce titre est trop sacré pour le donner sans choix
À tous ceux qui, fuyant l’oppression des rois,
Dans leur enivrement et leur effervescence,
N’ont de la liberté rêvé que la licence !
On doit se défier de tout hôte empressé
À réclamer les droits de naturalisé :
Chacun, suivant l’instinct qui l’entraîne et l’anime,
Le hasard, le malheur, l’indigence ou le crime, —
Forcé d’abandonner des climats trop anciens,
Vers le Monde Nouveau s’enfuit avec les siens ;
Et gardant parmi nous ses amours exotiques,
Il veut pourtant jouir de nos droits politiques ! —
Stérile prédicant de blêmes libertés,
Apôtre nuageux de rêves avortés,
Démagogue inspiré d’un esprit satanique,
Chaque sombre anarchiste émigré en Amérique !
Veillons ! car parmi nous l’esprit des étrangers
Menace le pays du plus grand des dangers !
Ah ! malheur à tous ceux qui, pleins de moquerie,
Par la force ou l’astuce, attaquent la patrie :
L’amour de la patrie est un instinct jaloux
Qui porte aux agresseurs les plus terribles coups !
Malheur aux étrangers, s’ils ne cessent de l’être ;
S’ils veulent conserver l’amour d’un ancien maître ;
S’ils n’ont pas un seul cœur avec ceux du pays ;
S’ils ne partagent pas les amours de ses fils ;
Si contre notre esprit leur fol esprit conspire ;
S’ils veulent un empire au milieu d’un empire !
Veillons ! car le grand flot de l’émigration
Menace l’avenir de notre Nation !
Veillons ! car, parmi nous, un esprit exotique
Combat pour le fausser l’esprit patriotique ;